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Aux côtés de son père mourant, Rahim Fortune a documenté les fractures sociales de son pays

Publié le

par Lise Lanot

Avec finesse et gravité, "Je ne supporte pas de te voir pleurer" raconte les douleurs d’un fils, d’un homme et d’un pays.

Aux côtés de son père mourant, Rahim Fortune a documenté les fractures sociales de son pays

© Rahim Fortune, 2022/Loose Joints

Parti vivre à New York pour sa jeune carrière de photographe, Rahim Fortune est retourné dans son Texas familial alors qu’il n’avait pas encore 25 ans afin de prendre soin de son père mourant. Son appareil photo toujours à ses côtés, il vit, dans cet État conservateur, un carambolage d’événements et d’émotions.

Le deuil de son père est bien vite suivi par la pandémie et les manifestations antiracistes liées au meurtre de George Floyd. Comme bien souvent dans les œuvres les plus poignantes, la petite histoire rencontre la grande. Rahim Fortune interroge les événements qui l’entourent grâce à une pratique photo documentaire au sein de laquelle il fait se croiser “la culture, la géographie et l’expression personnelle dans le paysage états-unien”.

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

Sa série d’images en noir et blanc Je ne supporte pas de te voir pleurer (I Can’t Stand to See You Cry) est une narration délestée de mots où s’entremêlent portraits et paysages. On y croise une fois seulement le visage du père de Rahim Fortune, le regard fixe, sous assistance respiratoire, une main inconnue lovée contre son torse.

On retrouve également sa grand-mère vue de dos, son autoportrait, mais aussi les visages de proches et d’inconnu·e·s noir·e·s – comme lui, qui est le fils d’un père noir et d’une mère de la Nation Chicacha (Chickasaw Nation), une Première Nation d’Oklahoma. Tout en disant adieu à son père et une partie de son passé, Rahim Fortune interroge le présent de sa famille, de ses rues, de son État, de son pays, ainsi que le futur – politique, social, sanitaire – de notre monde.

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

Le tout est raconté avec beaucoup de grâce et de finesse par le photographe, qui refuse esthétisation et facilités. Au New Yorker, il affirmait récemment son refus de représenter de façon “hyper positive” les personnes racisées afin de “ne pas escamoter ni minimiser les difficultés et les combats”, relate la journaliste Andrea DenHoed.

Imprégnées de silences assourdissants, les images de Rahim Fortune attirent l’attention de son public. Leur puissance a été reconnue cet été, puisque leur auteur a décroché le Prix Découverte Louis Roederer 2022 de la 53e édition des Rencontres photographiques d’Arles.

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

© Rahim Fortune/Loose Joints, 2022

Vous pouvez retrouver le travail de Rahim Fortune sur son site et sur son compte Instagram. La série Je ne supporte pas de te voir pleurer de Rahim Fortune est exposée dans le cadre du Prix Découverte Louis Roederer aux Rencontres photographiques d’Arles jusqu’au 25 septembre 2022. La série existe également sous forme livresque, publiée chez Loose Joints.

Konbini, partenaire des Rencontres photographiques d’Arles 2022.

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