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Pourquoi le musée Guggenheim de New York a-t-il été poursuivi en justice ?

Pourquoi le musée Guggenheim de New York a-t-il été poursuivi en justice ?

Par Lise Lanot

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© Pablo Picasso/Muusée Guggenheim ; Claudia Lorusso via Unsplash

Une plainte contre le célèbre musée a été déposée la semaine dernière.

Ce vendredi 20 janvier, le musée Guggenheim de New York a été poursuivi en justice par un certain Thomas Bennigson. Il est le descendant de Rosi Jacobi et Karl Adler, un couple juif allemand propriétaire d’une belle collection d’art jusqu’à 1938, année lors de laquelle le couple dut s’en séparer à cause de la menace nazie. Selon leur descendant, Karl et Rosi n’auraient jamais vendu leurs œuvres si le couple n’avait pas eu urgemment besoin d’argent pour fuir le nazisme en Europe.

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Aujourd’hui, Thomas Bennigson poursuit le Guggenheim afin de récupérer une de ces œuvres, La Repasseuse, une toile de Picasso datant de 1904, la fin de la période bleue du peintre. L’œuvre s’était retrouvée dans les collections du musée new-yorkais après un don de Justin Thannhauser – le collectionneur ayant racheté le tableau au couple allemand. De plus, Thomas Bennigson affirme dans sa plainte que sa famille a vendu La Repasseuse “bien en deçà de sa valeur réelle”, rapporte Artnews.

Pablo Picasso, La Repasseuse, 1904. (© Guggenheim)

Le Guggenheim a répondu prendre très au sérieux ce genre de plainte. Cependant, le musée estime que cette dernière n’est pas fondée, notamment parce qu’elle “manque étonnamment de reconnaître” que le fils de Karl Adler et Rosi Jacobi avait été contacté dans les années 1970 et qu’“aucun membre de la famille n’a exprimé sa préoccupation” à ce moment, ajoute Artnews. Pour le Guggenheim, la peinture a été acquise en toute bonne foi et transparence.

La restitution d’œuvres pillées, une problématique actuelle

La restitution d’œuvres d’art aux ayants droit de familles juives spoliées par les nazis est une question qui polarise de plus en plus d’attention. Le Guggenheim s’est déjà retrouvé au centre de ce genre de litiges, tout comme de nombreux autres musées. Parfois, ce sont les musées eux-mêmes qui renoncent à leurs œuvres. C’était par exemple le cas en décembre 2021, lorsque le Musée d’arts de Berne, en Suisse, avait renoncé à 38 œuvres volées par des nazis.

En janvier 2022, l’Assemblée nationale avait “voté un projet de loi en vue de la restitution de quinze œuvres d’art aux ayants droit de familles juives spoliées par les nazis”, nous rapportions-vous alors. L’ancienne ministre de la Culture Roselyne Bachelot avait salué un texte “historique”. La même année, le musée madrilène du Prado ouvrait une enquête sur l’origine d’une soixantaine d’œuvres d’art afin de déterminer si elles avaient été saisies pendant la guerre civile espagnole (1936-1939) ou la dictature de Franco.

La restitution d’œuvres concerne évidemment aussi les œuvres pillées à des pays, pendant la colonisation notamment. Les collections permanentes de nombreux musées occidentaux sont ainsi remplies d’œuvres et d’artefacts pillés. Certains musées ont commencé à rendre des œuvres, mais le chemin est encore bien long.

En septembre 2021, le Met new-yorkais rendait au Nigeria trois œuvres d’art pillées sous la colonisation britannique ; en 2020, la France actait la restitution d’objets d’art pillés au Sénégal et au Bénin “pour une relation d’amitié nouvelle entre la France et l’Afrique”, affirmait alors le gouvernement français. Des voix continuent de s’élever afin que ces œuvres pillées ne tombent pas dans l’oubli et que les musées prennent leurs responsabilités jusqu’au bout. L’artiste Emeka Ogboh affiche ainsi des avis de disparition d’œuvres pillées au XIXe siècle et réclamées par le Nigeria depuis 1986.