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Qui est Felipe Lofrano, l’artiste qui passe au détergent ses photos ?

Publié le , modifié le

Par Anna Carolina Assuncao

Eh oui, le détergent peut servir à la création artistique.

Qui est Felipe Lofrano, l’artiste qui passe au détergent ses photos ?

© Felipe Lofrano

Felipe Lofrano, photographe brésilien, a un jour eu l’idée géniale de donner une seconde vie aux photos. Eh oui, on parle de plus en plus d’upcycling dans le monde du textile, mais pourquoi ne pas le faire avec des photos ?

Sa technique ? Tremper un tirage photo ou une pellicule dans un mélange chimique à base de chlore, de détergent, d’eau de javel ou même d’autres liquides comme le vinaigre. Au contact de cette potion magique, l’émulsion photographique — un matériau photosensible — va fondre, altérant par la suite sa couleur et sa composition.

Sur des photos révélées :

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Sur des pellicules photographiques :

Ouf, non ? Rencontre avec Felipe Lofrano, en direct de São Paulo.

Konbini | D’où vient ta passion pour la photo ?

Felipe Lofrano | Ma passion est apparue quand j’étais tout petit. À seulement huit ans, je jouais déjà avec les appareils photo Cyber-shot de mes parents. Je suis progressivement tombé amoureux de la photo, en passant par plusieurs phases : la photo macro, les paysages, les portraits. Mon intérêt pour la photo argentique est venu quand j’ai acheté mon premier appareil photo Lomography.

Le fait de ne pas contrôler le mécanisme d’un appareil en plastique m’a fasciné. À partir de ce moment-là, j’ai réussi à développer de superbes techniques photo, comme faire entrer de la lumière dans le négatif, provoquer un effet “brûlé” ou rayé… C’est à travers cette découverte que je me suis encore plus passionné pour la photo et surtout, de l’expérimentation.

Comment est-ce que tu as eu l’idée du détergent ?

Cette idée vient d’un enfant qui a toujours aimé l’expérimentation. Un jour, j’ai pris un négatif de mes parents et je l’ai jeté dans de l’eau de javel. Là, l’image s’est décollée de la pellicule et l’a rendue transparente en quelques secondes. À ce moment-là, j’ai remarqué que le chlore réagissait beaucoup avec la pellicule, notamment en faisant fondre le négatif.

Quand j’avais 15 ans, j’ai commencé à toucher à la photo argentique. Je me suis toujours demandé : comment est-ce que je peux rendre les photos plus expérimentales ? Donc c’est comme ça que j’ai commencé à les modifier, jusqu’à avoir un “contrôle” sur ces solutions corrosives et chimiques et leurs interactions avec la pellicule photographique.

Quand tu appliques la solution chimique sur les photos, est-ce que tu sais quelles couleurs qui vont apparaître ?

L’intervention chimique sur la pellicule est souvent 100 % expérimentale et pas toujours contrôlée. Au fil du temps, après plusieurs tests, j’arrive à savoir quelle est la couleur qui va se dévoiler quand je développerai les photos.

Quel message veux-tu faire passer à travers ton travail ?

L’idée est de toujours transformer quelque chose qui a été déjà fait en quelque chose de nouveau, de totalement différent. La redéfinition de l’image va plus loin que l’esthétique. C’est une forme de recyclage. En modifiant des images qui existent déjà, j’arrive à apporter un nouveau sens à une photo, qui aurait autrement fini dans un tiroir, sans aucune utilité. D’autant plus parce que de nos jours, nous disposons de plein de canaux de sauvegarde de photos.

Tu prends beaucoup de photos de jeunes LGBTQIA+ dans le monde de la nuit. C’est un sujet important pour toi ?

Prendre des photos de la vie nocturne de jeunes artistes LGBTQIA+ m’a fait me rendre compte à quel point c’est important pour mon travail de garder un point de contact avec cette communauté, notamment car elle a toujours fait partie de mon parcours. Ces personnes-là ont toujours été très authentiques avec leurs idées, leurs goûts et leurs manières. Elles m’ont toujours donné beaucoup de force pour me démarquer dans mon travail. Ce n’est pas facile, d’être artiste au Brésil.

Quels sont tes futurs projets ?

J’ai beaucoup de projets pour le futur, mais l’un d’entre eux est de m’inspirer de la culture et de différentes communautés et lieux anciens. Ça me motive beaucoup, d’avoir un contact réel avec ces nouvelles cultures qui préservent leurs croyances et traditions et d’en faire de l’art. Le plus important, c’est que l’art puisse être présent partout et que les connexions entre les personnes soient réelles, au-delà des réseaux sociaux.