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Claque de sérum sur la joue : j’adore m’endormir sur du violent ASMR skincare routine

Claque de sérum sur la joue : j’adore m’endormir sur du violent ASMR skincare routine

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© HBO

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Par Donnia Ghezlane-Lala

Publié le , modifié le

"Oui, j’aime quand ça gomme, quand ça exfolie, quand ça tape, quand ça hydrate fort." Cet été, Konbini explore les plaisirs coupables de sa rédaction.

Cet été, la rédaction de Konbini révèle au grand jour ses guilty pleasures. Knacks froides, chaîne YouTube obscure ou drôle d’obsession pour des pages Wikipédia sans grand intérêt, préparez-vous à la grande exploration de nos plaisirs inavouables.

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Il y a celles et ceux qui aiment écouter des chuchotements et des secrets nocturnes, d’autres qui adorent le bruit de la pluie qui s’abat sur les fenêtres d’une bibliothèque boisée, et encore d’autres qui préfèrent le son de succion… Et puis il y a moi, qui adore les vilains bruits, en particulier ceux qu’on obtient quand on se livre, comme Cassie d’Euphoria, à une skincare routine ultra-violente : en tapant, en claquant, en giflant, en hydratant, en tapotant, en exfoliant, en gommant, en brumisant, en massant, en attendrissant la peau comme si c’était un bout de viande.

Les nuits où je n’arrive pas à trouver le sommeil, je me retrouve à parcourir ce genre de contenus, car c’est la seule écoute – violente, je l’avoue – qui parvient à me détendre. Cette obsession pour la skincare remonte évidemment à la pandémie et au confinement, période qui a libéré en moi toutes mes névroses sanitaires et hygiénistes. Mon corps était devenu un terrain d’expérimentation ludique, je m’adonnais à des bains d’huile et de sébum sans précédent pour réparer mon âme : ricin, amande douce, aloe vera, avocat… Puis j’ai totalement perdu le contrôle.

Le point “névroses”

Comme toute femme tâchant de survivre à une pandémie mondiale, j’ai commencé à voir mes hormones se détraquer, l’acné revenir et… à rejouer aux Sims. On a toutes renoué avec notre adolescence à ce moment-là. Comme à des religions, je prêtais allégeance à tous les remèdes naturels que je pouvais trouver sur Internet, et je me suis mise à expérimenter des choses farfelues, comme l’arbre à thé et l’abandon de tout produit chimique du jour au lendemain. Dans mon déni, je développais de nouvelles superstitions – que les psychologues adorent nommer “TOC” et “dysmorphophobie”. Parmi ces superstitions, j’étais persuadée de vieillir et que les massages faciaux allaient m’aider à combattre ce fléau qu’est le temps.

Comme un Patrick Bateman au féminin, je faisais donc des massages faciaux deux heures par jour, après mon sport, enchaînant les vidéos de quinze minutes de TheMoments avec celles, plus courtes, d’Abigail James – et aujourd’hui, quand j’entends ne serait-ce que la musique d’introduction de ces vidéos, j’ai des PTSD. Je n’avais jamais autant touché mon visage de ma vie – je fais partie de ces personnes maniaques qui détestent qu’on leur touche le faciès. J’ai commencé à dépenser des centaines d’euros en compléments alimentaires pour des cures de six mois et à ausculter ma peau à chaque heure.

Je fantasmais sur la peau de trentenaires ou de cinquantenaires gonflée à l’acide hyaluronique. Je baignais dans un nouveau vocabulaire franglais : retinol, peeling chimique, acide glycolique, lotion tonique, BHA, AHA, PHA, barrière cutanée, niacinamide, dermaplane, microneedling, céramides, clogged pores, double cleansing, cystic… J’ai fini par arrêter les massages faciaux parce que ma peau ne les supportait plus et ne faisait que vieillir davantage. Sauf que cette envie de contact, de peau à peau, dans ce monde distanciel me manquait cruellement. Et c’est là que je me suis enfoncée dans un ASMR game assez sombre et pornographique.

Satisfying as fuck

Contrairement à mon cher collègue qui adore éclater les boutons d’acné de ses potes et voir le pus en dégueuler, je trouve plus satisfaisant de toucher une peau totalement lisse, nette et propre, comme une sorte de dermatillomanie assumée. Parmi tous les violents ASMR skincare routines que j’ai explorés, je ne retiens qu’un nom : la reine Layal Assi, qui applique des couches et des couches de produits. Peut-être parce que c’est la plus violente, peut-être parce qu’elle a un meilleur micro, peut-être parce qu’elle excelle dans la synchro et le doublage, comme une vraie bruiteuse de cinéma, si on compare aux autres.

Layal a une armée de face toys : des disques nettoyants pulsatifs, des micro-courants, des rouleaux de jade, des gua sha, des masques LED, des globes rafraîchissants, des brosses faciales, des spatules gommantes, des dermaplaners, des aspirateurs à points noirs, des vaporisateurs faciaux… Ce que le son de ces outils battant la chair fraîche et humide fait à mon cerveau ? Ça le détend, ça le soulage, ça le calme, ça l’endort. J’ai fini par développer tout simplement une honteuse addiction, à la fois auditive et sensorielle. Mais finalement, où est le mal à observer des personnes prendre soin d’elles ?

Ce qu’il m’en reste aujourd’hui, c’est une routine religieuse, matin et soir, socialement encombrante si je découche, qui me permet de m’imaginer dans un épisode de Beauty Secrets de Vogue, ainsi qu’une obsession pour la peau des autres et tous les soins qu’elle reçoit. Cette névrose, je la soigne, évidemment, mais elle s’est étendue (ou réduite) à un autre domaine : l’ASMR chaos organization, ces femmes qui rangent et nettoient leur maison en faisant un max de bruit. Eh non, pas la haircare routine de chiens, raté.