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La clinique psychiatrique de la Chesnaie est à vendre, les employés veulent la racheter

Publié le

par Antonin Blanc

"Après le scandale d’Orpea, il faut se poser la question de qui fait le soin et à qui ça appartient."

La clinique psychiatrique de la Chesnaie est à vendre, les employés veulent la racheter

Laurent, un patient de la Chesnaie depuis 25 ans, et une photo de la clinique.

La Chesnaie, c’est cet endroit où les médecins ne portent pas de blouses, où il y a un grand château qui donne sur 55 hectares de forêt, où un patient peut s’occuper de l’accueil ou de la cuisine, où l’on pense l’environnement pour soigner le patient et pas seulement les traitements médicamenteux. L’année dernière, nous nous y sommes rendus et nous avions rencontré Laurent, Alexis ou encore Eugénie.

Mais, le hic, c’est que cette clinique psychiatrique est à vendre, et que des entreprises telles qu’Orpea sont sur le coup. Sept fondations ou groupes de santé ont déjà répondu à l’appel d’offres, mais, surtout, 80 % des employés de la clinique se sont rassemblés en une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), Les Ami·e·s de la Chesnaie, pour tenter de récupérer la gestion du lieu. Ce serait une première, un lieu psychiatrique détenu en co-gestion en France.

Pour les potentiels repreneurs, une SCIC est dans la continuité logique de la philosophie du lieu : elle permettrait de cultiver la prise de décision collective qui a déjà fait les lettres de noblesse de la Chesnaie, et de faire rentrer dans le capital des institutions alliées et des collectivités territoriales (la région Centre-Val de Loire et la Communauté d’agglomération de Blois, Agglopolys, en font déjà partie), mais aussi des associations et acteurs locaux (la clinique de La Borde, une association de traitement des addictions).

Dans une SCIC, une personne égale une voix, peu importe le montant apporté. Donc, pour les bénéfices que ferait la clinique, c’est en assemblée générale qu’ils seront répartis chaque année, avec pour but de recruter ou de faire des rénovations. Dans l’idée, à terme, de tendre vers la non-lucrativité.

Nous nous sommes entretenus avec Gwenvael Loarer, psychologue à la clinique et membre des Ami·e·s de la Chesnaie.

Konbini | Pourquoi vouloir reprendre le lieu en SCIC ?

Gwenvael Loarer | Le vendeur a mis des clauses disant qu’il fallait respecter les dispositifs de soins, mais il n’y a aucune mention légale. Potentiellement, la Chesnaie peut devenir une coquille vide sur le plan médical et soignant si ce n’est pas la SCIC qui récupère le lieu.

L’acte fondateur de cette clinique, c’était oser faire à échelle humaine, soit le contrepied du modèle asilaire de l’époque. Ce modèle asilaire revient aujourd’hui avec beaucoup de formes de contrôle. Avant, c’était un climat d’indigence, là le contrôle se fait avec des pratiques très outillées, mais c’est accompagné d’un mouvement de dépossession de toute l’activité soignante. Nous, on veut garder ce feu-là, et on s’en sent un peu gardiens.

Il y a des fondations respectées dans le soin psychiatrique qui voudraient racheter la clinique, est-ce que ce ne serait pas une continuité ?

Si une fondation reprend le lieu, les soins n’auront plus le même sens. Les fondations ne pratiquent pas la psychothérapie institutionnelle, et encore moins comme on la pratique nous. Dans des dizaines d’autres cliniques, elles font plutôt de la psychiatrie respectable, mais nous, on ne veut pas de ça.

Ce qu’elles vont apporter, c’est tout un langage qui est transnational, associé à du benchmarking, une méthode de management orientée sur les bonnes pratiques, les “best practices”, qui font certes du bien ailleurs. Mais là, à la Chesnaie, on a des pratiques particulières qui sont portées par l’analyse institutionnelle, la psychanalyse, la phénoménologie psychiatrique, la dynamique des petits groupes.

On a vraiment une culture soignante “chesnéenne”, qui s’est construite localement, que la plupart des soignants considèrent comme un bien commun. Nous, on craint le discours homogénéisant de la fondation. Les soignants vont se retrouver dix pas en arrière dans la rencontre de l’altérité radicale qu’est la psychose.

Où est-ce que vous en êtes dans les levées de fonds ?

Nous n’avons pas les moyens de racheter la clinique et les murs, donc on a fait un deal avec une foncière partenaire pour racheter les murs plus tard. Pour la clinique, on a fait une première offre de plusieurs millions d’euros, on envisage d’aller plus haut. Mais on a un projet qui n’atteindra sa maturité qu’en octobre 2023.

Le capital évolue toutes les semaines. On a presque un million d’euros entre soignants et les sympathisants. Tout récemment, une institution nous a mis 120 000 euros. Il y a quelques institutions qui vont statuer en septembre, on attend encore leur réponse. Une université nous a dit qu’elle allait investir, et pas de manière symbolique.

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