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Dans la peau de John Malkovich, premier essai ciné’ givré (et réussi) du non moins givré Spike Jonz

Publié le

par Antonin Gratien

Qui d'autre que le co-créateur de Jackass aurait pu tourner un film aussi perché ?

Dans la peau de John Malkovich, premier essai ciné’ givré (et réussi) du non moins givré Spike Jonz

C’est l’histoire du plus loufoque des longs-métrages 90’s. Dans la peau de John Malkovitch, récit 100 % barré de l’intrusion d’un improbable triangle amoureux vers l’esprit (et le corps) de John Malkovitch, donc. Les chefs d’orchestre de ce bijou baroque ? Charlie Kaufman au scénario, Spike Jonze à la réal’. Coup de poker un peu fou pour ce tandem qui faisait avec ce film ses premiers pas sur grand écran. Et consécration immédiate d’un cinéaste en herbe, jusqu’alors connu pour sa maestria des vidéo-clips barrés – l’une des rares personnalités du paysage audiovisuel assez fantasque pour accepter un tel projet.

Le goût de l’extravagant 

Spike Jonz. Si ce nom est aujourd’hui associé à l’excellent Her, il renvoyait autrefois à une signature cinglée de l’industrie du clip musical. Mordu de sport, le vidéaste a débuté sa carrière artistique comme photographe pour le magazine spécialisé BMX Freestinlin‘, avant de se faire connaître par des direction de clips particulièrement décalées. Parmi ses faits d’armes, on compte notamment la vidéo accompagnant la sortie du titre Buddy Holly, des Weezer. On y voit le groupe offrir un concert rétro, entrecoupé d’images extraites du sitcom à succès Happy Days. L’originalité du format fait un carton, notamment sur MTV.

Sa signature est également derrière le clip de Da Funk dédié au hit des Daft Punk. Ne demandez pas pourquoi l’œuvre met en scène homme-chien boiteux, marchant avec un ghetto-blaster dans New York – seul Spike Jonz le sait. Autre registre artistique, nouveau tabac, avec la vidéo du célèbre Sabotage des Bestie Boyzs, où les membres du groupe parodient les séries policières des années 1970. Björk, les Chemical Brothers, Fatboy Slim… Spike Jonz enchaîne les collab’. Toujours avec une griffe fêlée, toujours avec succès.

Le pari Malkovitch

Consacré comme un as du vidéo-clip associé à la très hype MTV chanel au fil des ans, Spike Jonz reçoit entre ses mains le script de Dans la peau de John Malkovitch en 1996 par un chemin atypique (forcément). Originellement pensé par Charlie Kaufman comme un film simplement axé sur “un homme qui tombe amoureux d’une personne qui n’est pas sa femme”, le projet (enrichi de ses notes exubérantes) peine à trouver client. Le scénariste toque à droite, à gauche – en vain, aucun compagnie de production ne se risque à tenter l’aventure. Trop fantaisiste, pas assez mainstream.

En désespoir de cause, Charlie Kaufman envoie ses lignes à Francis Ford Coppola dans l’espoir que, dans le cas où le géant américain accepterait de réaliser son film, des fonds se débloquent. Le réalisateur d’Apocalypse Now confie alors le script à sa fille, Sophia Coppola, qui n’était alors pas encore l’auteure respectée d’un premier long-métrage tout en énigme, Virgin Suicides. Vraisemblablement interpellée par l’audace du scénario, celle-ci le montre alors à son conjoint Spike Jonz. Bingo. Sans surprise il se déclare “enchanté par l’originalité et la dimension labyrinthique” du script, et accepte de diriger un projet qui s’annonce, peut-être, comme le plus timbré de sa carrière.

Usurpation, romances au carré, quête d’immortalité…

Pas facile de résumer une œuvre aussi déroutante que Dans la peau de John Malkovitch. Essayons quand même. Craig Schwartz (John Cusack) est un marionnettiste raté. Il présente dans la rue des spectacles très, très gênants et désespère de pouvoir un jour vivre de son art. Sa partenaire Lotte (Cameron Diaz) le pousse à trouver un “vrai travail”. Notre maître des pantins s’engage alors comme documentaliste dans une petite entreprise de Manhattan. Sa vie bascule lorsqu’il découvre par hasard dans son bureau un étrange chemin conduisant au cerveau de l’acteur américain John Malkovitch (qui interprète son propre rôle). 

Après avoir révélé l’existence de ce “portail” à Maxine, la femme dont il est tombé éperdument amoureux, celle-ci le convainc de monter un business. Deux cents dollars pour 15 minutes “dans la peau” de Malkovitch. Ce fructueux négoce prend une tournure imprévue, lorsque Maxine se découvre une attirance pour Lotte… Mais seulement lorsque celle-ci est dans Malkovitch. Délirant ? Oui. Et ça ne va pas en s’arrangeant. Idylles impossibles, lutte ouverte pour contrôler Malkovitch, découverte d’un moyen de s’assurer l’immortalité en passant de corps en corps… En acceptant de diriger ce film, c’est peu dire que Spike Jonz s’est offert un terrain de jeu à la hauteur de son imaginaire.

Pour un résultat acclamé par le monde professionnel. Prix du meilleur film aux MTV Movies Awards de l’année 2000, nomination à l’oscar du meilleur réalisateur et du meilleur scénario… Comme coup d’essai pour un long-métrage, on a connu pire niveau réception.

Toujours opé’ pour se lancer dans des aventures barrées, Spike Jonz a ensuite co-crée en 2000 la série Jackass diffusée sur MTV, où il s’est imposé comme une vedette, tout en poursuivant son activité de créateur de vidéo-clip. Il retourne ensuite au cinéma en 2002 avec Adaptation, sorte de suite à Dans la peau de John Malkovitch basée, à nouveau, sur un scénario de Charlie Kaufman. D’autres films suivront. Le brillant Syndedoche, New YorkMax et les archimonstre et Her. Depuis la sortie de ce succès SF en 2013 aucun nouveau projet de réalisation n’a été annoncé. Les fans restent donc dans l’attente d’un nouveau long-métrage qu’ils espèrent, sans doute, plus barjo encore que Dans la peau de John Malkovitch.

“Being John Malkovich”<br>Cameron Diaz<br>? 1999 Universal<br>Photo by Melissa Moseley<br>**I.V.

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