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Joaquin Phoenix, l’acteur de toutes les névroses

Publié le

par Antonin Gratien

L’empereur de Gladiator, le toxicomane d’Inherent Vice ou encore le Joker de… Joker.

Joaquin Phoenix, l’acteur de toutes les névroses

Qu’il en impose, l’interprète star de Paul Thomas Anderson et Ridley Scott. Avec ses yeux pénétrants, sa posture imposante et son côté je-blague-zéro. Ajoutez à cela de nombreux plaidoyers pour la cause animale ou la justice sociale, ainsi que plusieurs engagements antimilitaristes et vous obtenez une personnalité publique caractérisée par la sobriété responsable.

Une conduite tout en retenue, couplée à un sens de l’engagement déterminé et réfléchi – bref, un profil qui contraste franchement avec la gamme de rôles d’éminents tarés qu’a campés Joaquin Phoenix, et qui l’ont propulsé, plus que tout autres, au panthéon des comédiens les plus talentueux de sa génération. Au point que l’interprète est devenu, après Anthony Hopkins et Jack Nicholson en leur temps, le nouveau visage du “fou” de Hollywood ? Voyez plutôt.

La révélation Gladiator

Remontons la bobine. Joaquín Rafael Bottom, dit Joaquin Phoenix, fait tôt ses premiers pas dans le monde de l’interprétation. Enfant, et parfois aux côtés de son frère River ou de sa sœur Liberty, il apparaît dans des séries et des téléfilms avant de décrocher, à 10 ans, son premier rôle de cinéma avec Cap sur les étoiles.

Il est ensuite remarqué pour son apparition en ado énamouré jusqu’à la folie de Nicole Kidman dans Prête à tout, le premier film de commande d’un certain… Gus Van Sant. Le même qui avait offert, 4 ans auparavant, le rôle de sa vie à River Phoenix en poto toxico’ de Keanu Reeves dans l’hypnotique My Own Private Idaho.

Entré dans une vingtaine qui s’annonce triomphante, Joaquin Phoenix empile les rôles aux côtés de signatures déjà établies du cinéma. À l’exemple de Vince Vaughn (Loin du Paradis, Clay Pigeons…), ou Nicolas Cage (8 mm). Et s’illustre en 2000 avec son interprétation monstre (c’est le cas de le dire) dans le Gladiator de Ridley Scott où il campe, face à Russell Crowe, Commode. Le fils parricide de Marc Aurèle, rongé par des pulsions incestueuses et prêt aux pires bassesses pour conserver son emprise sur une Rome Antique troublée.

Nerveux, irascible, pervers – Phoenix endosse à la perfection la pourpre de cet empereur historique hanté par une légende noire, tissée du sang et des cruautés. C’est (presque) la consécration : il est nommé dans la catégorie du meilleur acteur dans un second rôle à la fois aux Golden Globes, aux BAFTA et aux Oscars. L’interprète ne repartira avec aucune statuette associée à ces événements, mais c’est fait, dans l’esprit collectif il est celui qui a su “être fou”.

Romantique à la dérive, psychopathe mutique…

Sur sa lumineuse lancée, Joaquin Phoenix aligne les succès en compagnie de pointures à la réal’. Signes de M. Night Shyamalan, It’s All About Love de Thomas Vinterberg. Ainsi que The Yards, La nuit nous appartient puis Two Lovers avec James Gray à la caméra. Il y campe des rôles divers. Mais c’est en renouant avec des partitions plus sombres, plus ombragées, qu’il est à nouveau porté aux nues.

Tout d’abord grâce à une première collaboration avec Paul Thomas Anderson sur The Master en 2012, où il incarne un vétéran de la marine violent, impulsif, alcoolique – sorte d’inadapté sauvage et récalcitrant. Un rôle tout en physique pour lequel il est à nouveau nominé aux Oscars. Mais dans la catégorie du meilleur acteur, cette fois.

Un an seulement après la sortie du film, Phoenix s’illustre à nouveau dans Her. Cette fois c’est l’inénarrable Spike Jonz qui est à la réalisation, et l’acteur y joue le rôle d’un écrivain public neurasthénique en mal d’amour. Il sera ensuite tour à tour toxicomane dans Inherent Vice, dépressif homicide avec L’Homme irrationnel puis tueur à gages aux tendances psychopathe du côté de A Beautiful Day. Sacré combo.

Encore du mal-être à revendre

Serait-ce la suite logique de ce parcours fêlé ? En 2019, Joaquin Phoenix apparaît à l’affiche du Joker de Todd Philips et y offre une interprétation magistrale du célèbre personnage de DC Comics. On l’y voit rire compulsivement, haïr aveuglément, aimer follement. L’acteur reçoit – enfin ! – l’Oscar du meilleur acteur pour sa performance.

Sorte de couronnement givré d’une carrière marquée par des rôles plus tordus les uns que les autres, ce rôle sanctifie la position de Joaquin Phoenix dans le paysage du ciné’ contemporain. Et le propulse aux côtés des figures de la folie made in US incarnée par Robert De Niro, par exemple, dans Taxi Driver. Le Joker restera-t-il une sorte d’horizon indépassable, parmi le répertoire d’interprétation givrée de Phoenix ? Rien n’est moins sûr.

L’acteur devrait apparaître courant 2022 dans le rôle-titre du Disappointment Blvd. d’Ari Aster. Lorsqu’on connaît l’appétence du réalisateur d’Hérédité et Midsommar pour le glauque, il y a fort à parier que l’interprétation de Phoenix flirtera avec le cauchemardesque. Autre horizon en eaux troubles : le Napoléon de Ridley Scott, prévu pour 2023. L’acteur y enfilera les bottes du militaire français. Et après que Scott a vu dans Gladiator ce que l’acteur était capable de faire, niveau interprétation d’empereur barré, difficile de croire que ce rôle soit écrit sans aspérité. Phoenix rendra-t-il Bonaparte fou ? Allez savoir…

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