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Scandales sexuels, harcèlement, un président Le Graët qui “perd le fil” : que se passe-t-il à la FFF ?

Publié le

par Konbini avec AFP

Depuis quelques jours, la Fédération française de football se retrouve au cœur de plusieurs scandales. On fait le point.

Scandales sexuels, harcèlement, un président Le Graët qui “perd le fil” : que se passe-t-il à la FFF ?

Photo by FRANCK FIFE / AFP

Dysfonctionnements en série, un président sur la sellette pour son management et son comportement avec des employées : la FFF est sous une énorme pression depuis les révélations du magazine So Foot qui ont abouti, vendredi, au lancement d’un audit par le ministère des Sports.

Qu’est-il reproché à Noël Le Graët ?

L’article de So Foot, paru le 8 septembre, accable en premier lieu la gestion du président Noël Le Graët, âgé de 80 ans et en poste depuis 2011. Réélu en 2021 pour un nouveau mandat, le dirigeant breton, qui a surmonté une leucémie lymphoïde, est décrit comme un responsable dépassé par les événements. Des témoignages sous couvert de l’anonymat le dépeignent comme ayant “perdu le fil”, “moins vif qu’avant”, “en pleine décrépitude, incapable de bosser”. Le magazine évoque surtout, sur la foi de témoignages anonymes, l’envoi par Le Graët de SMS à caractère sexuel à des employées de la FFF. Selon une source interrogée par So Foot, plusieurs femmes auraient démissionné de l’instance ces dernières années car elles se sentaient “harcelées sexuellement, mais aussi moralement”. Sollicité par l’AFP, Le Graët n’a pas répondu.

Qu’est-il reproché à la FFF ?

Au-delà du président Le Graët, c’est toute la gouvernance de la FFF qui est pointée du doigt par le magazine So Foot. Entre guerre des clans et tensions au sommet, le mensuel dresse le portrait d’une instance qualifiée de “bateau à la dérive”, en revenant notamment sur le PSE (plan de sauvegarde de l’emploi), lancé en 2021 par la directrice générale Florence Hardouin en raison des conséquences économiques de la pandémie de Covid-19 et qui a abouti au départ de dix-huit employés. La DG y apparaît comme un personnage à poigne, autoritaire et très ambitieuse. Sa trop grande proximité avec l’équipe de France lors de la Coupe du monde en Russie en 2018 a poussé, selon le magazine, treize des directeurs de la FFF à réclamer sa démission, obligeant Noël Le Graët à commander un audit sur sa gestion, dont les résultats n’ont jamais été divulgués. So Foot évoque aussi des notes de frais trop dispendieuses pour certains cadres ou le conflit d’intérêts possible dans le cas de Bachir Nehar, un intime du sélectionneur Didier Deschamps, qui cumule des fonctions d’intendant des Bleus avec celles d’agent de joueurs.

Comment a réagi la FFF ?

Murée dans le silence durant une semaine concernant ces révélations, la Fédération a fini par réagir jeudi, après la réunion de son comité exécutif, en annonçant le dépôt d’une plainte “en diffamation contre le magazine So Foot en raison des imputations gravement diffamatoires” de l’article. La FFF n’a cependant pas précisé sur quels points précis elle comptait porter plainte. Sollicité par l’AFP, le directeur de la publication du groupe So Press (auquel appartient So Foot), Franck Annese, a indiqué jeudi n’avoir pas reçu la plainte et n’être donc pas en mesure d’apporter de commentaire.

Le Graët est-il menacé ?

Le ministère des Sports n’a légalement aucun pouvoir de “débrancher” le président de la FFF, ce qui pourrait être considéré comme une ingérence du pouvoir politique. Le seul levier à la disposition du gouvernement reste le retrait de la délégation, un cas de figure extrême, considéré comme “une arme atomique”. Le Graët, interrogé mardi par L’Équipe, a ainsi déclaré n’avoir “pas du tout l’intention d’arrêter” et vouloir “aller au bout de (son) mandat, jusqu’en 2024”. En lançant un audit de l’inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) “sur le pilotage de la Fédération et le respect des obligations qui s’y attachent”, le ministère a cependant mis une énorme pression sur la FFF et son président, à deux mois de la Coupe du monde au Qatar (20 novembre-18 décembre) où l’équipe de France doit défendre son titre. Un mauvais résultat des Bleus, qui viendrait alourdir encore un peu plus l’ambiance au sein de l’instance, le fragiliserait davantage et pourrait rendre sa situation intenable.

Quel impact sur l’équipe de France ?

À l’approche du Mondial, le timing est loin d’être idéal pour les Bleus et leur sélectionneur Didier Deschamps. Le technicien, arrivé en 2012 et dont le contrat expire à l’issue du tournoi, est très proche de Le Graët, et leurs sorts pourraient être liés en cas de contre-performance au Qatar. Deschamps a d’ailleurs reconnu jeudi que ce n’était “pas le climat le plus apaisé” qu’il ait connu pour préparer une telle échéance. “Ce n’est pas l’idéal mais j’en ai connu d’autres, avec mon staff je suis concentré sur ce qui se passe sur le terrain”, a-t-il toutefois ajouté, critiquant la “culture du buzz et de l’instantané”.

Et cette enquête de Romain Molina, alors ?

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Ce vendredi, le journaliste français Romain Molina a, à son tour, sorti une enquête sur des agissements sordides sus et tus par la FFF. Molina raconte ainsi que la fédération aurait protégé des salarié·e·s accusé·e·s par des jeunes, parfois mineurs, d’agressions sexuelles, en ne les signalant pas toujours à la justice. L’article n’était plus disponible ce vendredi à la mi-journée. Le journaliste a décidé d’expliquer ces accusations dans une vidéo sur YouTube.

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