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UTMB : comment Catherine Poletti, qui ne court pas, a créé un des plus gros trails du monde

Publié le

par Lise Lanot

Rencontre avec une figure historique de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, course mastodonte qui réunit des mordus d’aventures, de sport et de beaux paysages.

UTMB : comment Catherine Poletti, qui ne court pas, a créé un des plus gros trails du monde

© Agence Zoom

À près de 70 ans, Catherine Poletti peut se targuer d’avoir créé, avec sa famille et ses collègues, l’un des événements consacrés aux trails les plus célèbres du monde, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Durant une semaine à la fin de chaque mois d’août, depuis 2003, l’UTMB rassemble des milliers d’athlètes pour ses sept trails dont le plus ardu, qui donne son nom à l’événement, s’étend sur 171 kilomètres avec un dénivelé positif de 10 000 mètres.

Événement mastodonte qui traverse trois pays (l’Italie, la France et la Suisse), l’UTMB est devenu un des plus gros trails du monde, rassemblant des coureurs et coureuses venant d’une centaine de pays. Pourtant, de façon bien paradoxale, l’événement a en partie été créé par une personne qui ne court pas.

Catherine Poletti à l’UTMB. (© Agence Zoom)

C’est à cause de problèmes de santé que Catherine Poletti n’a jamais pu courir. Si elle est tombée amoureuse des compétitions de course, c’est parce qu’elle est également amoureuse de Michel, son mari, lui-même coureur, et qu’elle l’a accompagné des années durant sur les bas-côtés de ses exploits.

“Un espace de copains et de copines”

Pas la langue dans sa poche, la Chamoniarde avait l’habitude de rappeler à son époux qu’elle “connaissai[t] bien plus de gens que lui”, nous raconte-t-elle par téléphone. “Toi, tu ne connais que les gens qui courent à ton allure ; tandis que moi je connais les partenaires, les proches. On attend, on papote, on voit passer tout le monde et ça devient un espace de copains et de copines”, lance-t-elle à son mari à l’époque.

Lorsque le président du club de course à pied de Chamonix propose au couple et à sept autres personnes d’imaginer le remplacement d’une course de relais de 150 kilomètres autour du Mont-Blanc, c’est assez logiquement que Catherine et Michel acceptent. Cette dernière devient directrice de la course, tandis que ses huit comparses figurent sur la ligne de départ, aux côtés de 714 autres sportifs :

“On a lancé les inscriptions en décembre. On s’est dit qu’on serait contents avec 300 coureurs. On voyait les chiffres monter, on n’en revenait pas. On a atteint les 722 inscrits, originaires de 25 nationalités.”

Un départ de l’UTMB. (© Agence Zoom)

Une course “épique”

Lors de cette première édition, le temps était “exécrable”, se remémore Catherine Poletti. “Mais c’est ce qui a insufflé ce côté épique, légendaire, à l’événement.” Passionnée par tous les à-côtés de la course – paysages, ambiance, camaraderie –, Catherine s’attelle à la dimension événementielle du projet, souhaitant “travailler sur les émotions procurées” : “On voulait créer quelque chose qui embarque les gens.”

Et cela semble fonctionner. Au fil des années, l’événement grossit, notamment grâce au soin apporté par le couple (diplômé en études informatiques, maths et sciences sociales) à leur communication numérique. L’ampleur est telle que l’évènement voyage aujourd’hui dans le monde entier – grâce au soutien d’Iron Man mais, toujours, insiste Catherine Poletti, sur le modèle et dans l’esprit de l’UTMB :

“Sur place, on travaille toujours avec une équipe locale. Disons que le Club Med n’est pas notre modèle, l’idée c’est de respecter d’autres cultes et de les découvrir. On travaille avec les gens locaux, on trouve une communauté sur place.”

La directrice historique de l’UTMB insiste sur l’état d’esprit particulier permis par son événement : “On est proches de la nature, on retrouve ce que c’est, de faire attention, on évite ce qui est en trop, on pense à ce qui est indispensable, à la frugalité.”

Une philosophie surjouée pour certain·e·s qui estiment que l’UTMB serait devenu une machine trop grosse et trop intense, tel que le rapportait un article du Point en 2019. Des critiques qui ne semblent pas atteindre Catherine Poletti :

“On ne va pas faire grossir plus l’UTMB, c’est sûr, mais certains voudraient que l’évènement soit petit, sans bruit, tout en souhaitant une station vivante, avec du travail et pour ça, on ne peut pas se reclure chacun dans son coin.

Il y aura toujours des gens pour dire : ‘J’aurai pu le faire’, mais ils n’avaient qu’à y aller, alors. Moi, je n’écoute pas les critiques et, surtout, je n’oublie pas qu’on est quand même des super-privilégiés et qu’il y a des problèmes plus graves ailleurs”, assène la directrice, désormais remplacée par sa fille à la tête de l’UTMB.

L’UTMB. (© Agence Zoom)

Deux morts en deux ans

Les critiques n’entachent pas la réputation de la course, qui voit son nombre de volontaires sans cesse grossir depuis ses débuts, et ce, même malgré les accidents de montagne.

Pour la deuxième année consécutive, une des courses de l’UTMB – “la Petite Trotte à Léon” – a vu un de ses athlètes perdre la vie. Catherine Poletti exprime son “immense tristesse” à l’égard de la disparition du coureur brésilien disparu, tout en rappelant que l’accident a eu lieu sur “un chemin balisé, officiel” :

“C’est malheureux, mais ce sont des choses qui arrivent dans ce genre d’activités qui est une expérience autant qu’une aventure. On a vu des grands marins passer par-dessus bord et c’était pourtant parfois les meilleurs, techniquement. Les gens ont le choix de participer ou pas, nous, on fait tout pour que ce soit sécurisé et que les gens participent en toute connaissance de cause.”

Quand on lui demande si ces accidents pourraient signifier l’arrêt de la course, Catherine Poletti est claire : “Certainement pas”, affirme-t-elle. Un refus motivé, encore et toujours, par le plaisir des coureur·se·s : “Il y a tellement de gens qui rêvent [de ces courses] depuis tellement longtemps. Le jour où on [annonce qu’on en arrête une], c’est la bronca. Maintenant qu’on a commencé à faire rêver les gens, il faut leur donner les moyens de vivre leur rêve”.

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