Un autre artefact à récupérer est le tambour sacré Ngadji des Pokomos, une population du Kenya. L’objet avait été confisqué par les autorités coloniales britanniques en 1902.
« Son enlèvement a déstabilisé la communauté », explique Mme Ncube, pendant qu’une image animée de l’instrument en bois clignote sur son écran d’ordinateur. Les joueurs « peuvent voir d’où il provient, et lire des informations sur son histoire », dit-elle en faisant une démonstration.
Vol ou récupération légitime ?
Sur l’écran, une équipe de personnages en costumes afrofuturistes discutent d’un plan pour récupérer les restes de chefs tanzaniens pendus par les forces coloniales allemandes.
L’un d’entre eux demande: « Est-ce du vol de reprendre ce qui a été volé? »
« Nous allons faire tout ce qui est nécessaire pour reprendre les biens de l’Afrique, et nous allons le faire ensemble », répond Nomali.
« Parfois les histoires derrière ces (artefacts) sont vraiment très tristes », constate Ncube. « Cela vous montre à quel point le colonialisme a affecté (…) et façonné le monde ».
Ayant grandi en Zambie, elle connaissait l’histoire de l’emblématique « homme de Broken Hill », un crâne vieux de quelque 300.000 ans conservé au musée d’histoire naturelle de Londres, qui apparaît également dans « Relooted ».
« Les Africains, pour vraiment voir ces choses qui font partie de leur propre culture, doivent obtenir un visa, payer un vol et aller dans un pays européen […] De toute ma vie, je n’ai jamais vu l’homme de Broken Hill. »
Mais ce n’est qu’en travaillant sur le jeu que Mme Ncube a réalisé combien d’artefacts culturels africains étaient détenus à l’étranger. En France seule, environ 90.000 objets provenant d’Afrique subsaharienne se trouvent dans des musées, selon un rapport commandé en 2018 par le gouvernement.
Une identité faussée pour les africains
Le pillage des artefacts pendant des siècles a privé des communautés de leurs « archives » et de leurs « systèmes de savoirs », analyse Samba Yonga, cofondatrice du Musée numérique de l’histoire des femmes en Zambie. Pourtant, « notre histoire précède la colonisation de millénaires », explique-t-elle, mais beaucoup de personnes « ne se rendent même pas compte que nous avons une perception faussée de nous-mêmes et de notre identité ».
Reprendre possession de ces objets permettrait « un changement dans la façon dont la prochaine génération voit sa culture et son identité », estime-t-elle.
Le même espoir sous-tendait « Relooted », qui a été présenté courant juin au Summer Game Fest de Los Angeles (Etats-Unis), où il a suscité beaucoup d’intérêt dans la diaspora et chez d’autres Africains, selon Mme Ncube.
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