En 2017, Kerry James Marshall figurait au tableau des 100 personnalités les plus influentes au monde du Times. Il faut dire que l’artiste contemporain, en quatre décennies de création, n’a eu de cesse de combler le manque de représentation des Afro-Américains et des personnes noires dans l’Histoire de l’art, pour créer des compositions puissantes et joyeusement subversives.
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Le Musée d’Art Moderne de Paris lui consacre ainsi sa première rétrospective française, avec The Histories*. Une exposition à retrouver du 18 septembre au 24 janvier 2027, réunissant 70 œuvres de Marshall, dont huit peintures inédites réalisées pour l’occasion. Que vous ayez vu l’exposition ou que vous vous apprêtiez à y aller, retour sur cinq faits déterminants dans la trajectoire de l’artiste.

Kerry James Marshall, De Style, 1993. Los Angeles County Museum of Art, acquis grâce aux fonds octroyés par Ruth et Jacob Bloom. © Kerry James Marshall (Photo : © Museum Associates/LACMA)
Il a grandi près du siège du Black Panther Party
Né à Birmingham dans l’Alabama en 1955, Kerry James Marshall grandit ensuite à Los Angeles, tout près du siège du Black Panther Party, le mouvement de libération afro-américaine fondé par deux activistes, Bobby Seale et Huey P. Newton, en 1966. L’artiste déclare : « On ne peut pas naître à Birmingham, en Alabama, en 1955, et grandir à South Central [Los Angeles], près du quartier général des Black Panthers, sans avoir le sentiment d’avoir une certaine responsabilité sociale. On ne peut pas s’installer à Watts en 1963 sans en parler. Cela a largement déterminé l’orientation de mon travail… »
Car, une poignée d’années suivant l’emménagement de la famille à Watts, les émeutes de Watts éclatent, au mois d’août 1965. L’événement mettra en exergue la discrimination, les tensions et les violences subies par les Afro-Americains dans les ghettos, et signera le début d’une longue histoire d’émeutes raciales aux États-Unis.
Il découvre l’art et s’en émerveille, quand bien même il n’est pas représenté
Quand le jeune Kerry James Marshall se plonge dans les premiers livres d’Histoire de l’art et arpente des musées pour la première fois, il se prend de fascination pour ce qu’il voit. Ce dernier remarque bien que les noir·es ne sont pas représenté·es, mais n’ignore pas dans quel contexte sont nés ces tableaux qu’il admire.
Il décrit, au New York Times : « Cela ne m’a pas semblé particulièrement insidieux, car j’aimais vraiment ce que je voyais. À la Renaissance, les artistes étaient guidés par le marché, tout comme aujourd’hui, et ils n’étaient vraiment pas censés faire des portraits de moi. Ce n’était pas leur marché. » Marshall corrigera le tir lorsqu’il commencera à peindre, reprenant les canons de la peinture occidentale et les archétypes de l’histoire de l’art pour réécrire l’histoire.

Kerry James Marshall, Slow Dance, 1992–93. David et Alfred Smart Museum of Art, l’université de Chicago, acquis grâce au Smart Family Foundation Fund for Contemporary Art et aux fonds octroyés par le Paul and Miriam Kirkley Fund for Acquisition. © Kerry James Marshall (Photo : © 2025 courtesy The David and Alfred Smart Museum of Art, The University of Chicago)
Il est influencé par l’artiste Charles White
Kerry James Marshall a 10 ans lorsqu’il se rend dans une bibliothèque de South Central, à Los Angeles, pour bosser sur un devoir qu’il doit rendre dans le cadre de la Negro History Week. C’est alors qu’il tombe sur un livre d’art intitulé Great Negroes, Past and Present, qui réunit le travail de plusieurs artistes, dont celui de Charles White (1918-1979), célèbre artiste dont les œuvres, puissantes, dépeignent avec dignité la communauté noire aux États-Unis.
En 2018, Kerry James Marshall James écrira que la « simple contradiction entre un homme noir nommé White dans un livre sur les « nègres » [lui] a paru ironique. » Adolescent, il est sélectionné pour un cours de dessin d’été dans l’école d’art d’Otis, à Los Angeles, où Charles White enseigne. Marshall devient finalement élève à plein temps dans cette école dès 1977, où Charles White sera son mentor – et ami – jusqu’à son décès deux ans plus tard.
Il peint sa première figure noire en 1980
Nous sommes en 1980 lorsque Kerry James Marshall, alors âgé de 25 ans, crée Portrait of the Artist as a Shadow of His Former Self. Réalisée en tempéra à l’œuf sur du papier, cette peinture de 20,32 × 16,51 cm, présente le portrait d’un homme noir tout en nuances de noir : l’homme est habillé en noir, sur un fond noir, avec un chapeau noir.
L’œuvre est achetée en 1984 par Steven Lebowitz, collectionneur d’art, pour 850 $. Ce dernier l’expose d’abord dans le bar de sa maison, mais suite à la venue de visiteurs offensés par la peinture, la déplace dans sa salle de bain. En février 2019, le collectionneur fait don de la pièce au LACMA (Los Angeles County Museum of Art).

Kerry James Marshall, Invisible Man, 1986. Collection Liz et Eric Lefkofsky. © Kerry James Marshall, Courtesy de l’artiste et David Zwirner, London (Photo : Jack Hems)
The Histories* est la plus grande exposition consacrée à son œuvre en Europe
Avec 70 œuvres présentées, dont huit peintures inédites, Kerry James Marshall: The Histories* s’impose comme une rétrospective majeure de l’artiste sur le continent européen. Curatée par la Royal Academy of Arts de Londres et avec la Kunsthaus de Zurich, l’exposition retrace quatre décennies de production, avec de la peinture, mais aussi des gravures, des dessins et une sculpture.
Une occasion unique de se plonger dans les toiles vibrantes du peintre, qui reprend les codes de l’histoire de l’art occidentale pour créer des compositions vibrantes qui mettent en scène le quotidien des Afro-Américains, le mouvement des droits civiques, ou encore l’esclavage, sans jamais représenter directement la violence et les souffrances.

Kerry James Marshall, School of Beauty, School of Culture, 2012. Collection Birmingham Museum of Art, Alabama, acquis grâce aux fonds octroyés par Elizabeth (Bibby) Smith, Collectors Circle for Contemporary Art, Jane Comer, Sankofa Society et des fonds régionaux. © Kerry James Marshall, Courtesy de l’artiste et Jack Shainman Gallery, New York (Photo : M. Sean Pathasema)
Kerry James Marshall : The Histories* est à découvrir au Musée d’Art Moderne (MAM) de Paris du 18 septembre 2026 au 24 janvier 2027.
Konbini, partenaire du MAM.












