Présenté à l’ACID lors du Festival de Cannes 2024, Ce n’est qu’un au revoir marque le retour de Guillaume Brac au film documentaire. Il explore l’impact des derniers jours de pensionnat sur quelques adolescents. Les changements qu’ils s’apprêtent à vivre insufflent au film des questionnements universels : qu’est-ce que l’amitié ? Le temps est-il perçu différemment à l’adolescence ? La maturité est-elle inhérente à l’âge ?
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Deux films pour un regard unique sur deux adolescences
Ce n’est qu’un au revoir est suivi du court-métrage Un pincement au cœur. Les deux films se répondent en captant, pour l’un, la Drôme, et pour l’autre, Hénin-Beaumont. Les jeunes filmés se distinguent fortement dans leurs préoccupations et centres d’intérêts.
Ces projets sont nés d’impulsions différentes : Un pincement au cœur répond à une commande documentaire sur un lycée du nord de la France, tandis que Ce n’est qu’un au revoir est un projet plus personnel, Guillaume Brac ayant choisi de filmer un lycée à Die, dans la Drôme. Une région chère à son cœur puisque le réalisateur s’y est installé il y a quelque temps. Ces œuvres, bien que similaires dans leur thème, offrent une réflexion en miroir sur la jeunesse française et l’impact du cadre environnemental sur leur perception du monde.
De la fiction au documentaire, l’adolescence constitue un terreau fertile pour le cinéma. C’est une période de transformation, presque une renaissance. En captant les interrogations de Louison, Aurore, Diane et les autres, Brac filme un moment universel : le saut dans l’inconnu. Contrairement à Adolescentes de Sébastien Lifshitz, qui couvrait toute la période du lycée, Brac se concentre sur les derniers instants de sérénité avant l’entrée dans l’incertitude.
« Est-ce que je pourrais encore porter des sarouels en faisant des études de science politique hors de la Drôme ? », demande une lycéenne. Cette interrogation, à première vue anecdotique, traduit une question plus profonde : « Serai-je encore moi-même dans un autre environnement social ? Qui vais-je devenir ? »

© Condor Distribution
Voir ces deux films successivement permet de comparer la manière dont ces jeunes adultes appréhendent leur avenir. Les lycéens de la Drôme sont plus politisés, leur rapport à la nature et à l’écologie les ancre déjà dans une réflexion adulte. Ils s’impliquent autant dans l’avenir collectif que dans leur propre devenir. À l’inverse, dans Un pincement au cœur, les jeunes filles filmées, Linda et Irina, sont davantage concentrées sur leurs ambitions académiques et leur avenir professionnel.
Et l’amitié dans tout ça ?
L’amitié survit-elle à la fin du lycée ? L’adolescence exacerbe les sentiments, intensifiant joies et peines. Aurore, Nour, Diane et Jeanne savent qu’il sera difficile de maintenir leurs liens. Les amitiés lycéennes s’effacent souvent avec les déménagements et l’évolution des intérêts. Pourtant, voir ces jeunes tenter d’y croire est touchant et sincère. Les larmes sont réelles, la séparation inéluctable, mais l’espoir subsiste.
Une scène illustre parfaitement ce dilemme : Louison, jeune homme aux longues dreadlocks, laisse ses amis les couper. Ses cheveux représentent une partie de son identité, et ce geste symbolise le choix qui s’offre à lui : conserver son attachement à son passé lycéen ou se transformer en quelqu’un de nouveau.
L’approche de l’amitié et du changement est très différente dans Un pincement au cœur. Ici, la cellule amicale est plus restreinte, centrée sur trois jeunes filles, et Guillaume Brac filme majoritairement Linda et Irina. L’une, habituée aux déménagements, refuse de s’attacher pour éviter la douleur de la séparation. L’autre, en revanche, a besoin de preuves d’amitié et d’attention.

© Condor Distribution
Le film capture cette dynamique complexe et l’inscrit dans un contexte particulier : un lycée du nord de la France en pleine pandémie de Covid-19. Le film de 38 minutes parle d’une jeunesse éloignée de celle de Ce n’est qu’un au revoir. Ici, les réseaux sociaux ont une importance, notamment TikTok, et les préoccupations amoureuses font partie prenante des discussions.
Tandis que dans Ce n’est qu’un au revoir, Guillaume Brac filme des adolescents en protestation, qui parlent des événements de Sainte-Soline et débattent philosophiquement de l’avenir. Et pourtant ces jeunes ont comme inquiétude commune ce saut dans le vide qu’est la vie après le lycée. Quitter le microcosme commun et devenir individu, voilà ce lien qui unit tout un chacun.
La mise en scène de Guillaume Brac est au service de la liberté de ton des adolescents. Elle est intime sans être intrusive. Souvent composée de longs plans fixes, il semble laisser le champ libre à ses sujets. C’est cette pudeur formelle qui permet de passer d’un sujet léger comme un jeu avec des matelas dans un couloir, à la thématique du deuil sans que cela paraisse artificiel.
Ces adolescents ne sont pas des insectes observés au microscope, ils sont des sujets libres et matures évoluant dans un cadre libre. La démarche de Guillaume Brac réussit à capter l’universel dans le commun, la réflexion philosophique dans le banal.
L’adolescence, période charnière, est l’un des passages obligatoires les plus exaltants et les plus déchirants d’une vie. Guillaume Brac a su filmer ce point de bascule avec une dignité admirable, une émotion douce et une humanité forte. Nour, Irina, Jeanne, Louison, Linda, et tous les autres de Ce n’est qu’un au revoir et Un pincement au cœur, sont différents et pourtant unis, de la Drôme à Hénin-Beaumont. Ils sont le futur et c’est beau de se sentir si proche d’eux. Ces deux films sont une réflexion poignante sur la construction de soi face à l’incertitude de la vie.
Ce n’est qu’un au revoir et Un pincement au cœur, en salle le 2 avril.












