Comme chaque année, les reines de Drag Race France de la saison partent en tournée dans un show inédit qui régalera tout le monde, de la génération alpha aux boomers, des initié·e·s qui ne manquent jamais une performance ou un bingo drag, aux personnes qui n’ont jamais vu le moindre épisode de l’émission de France Télévisions.
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Pour cette saison 4, la production a invoqué les esprits pour créer un spectacle renversant de bout en bout. Exit le rose bonbon de l’atelier et les perruques bien laquées, et bonjour le manoir hanté de la cave au grenier et les toiles d’araignée qui vont avec. Si chaque année a réservé son lot de surprises et de féerie, cette édition, inaugurée au Casino de Paris le 24 septembre, a revu sa copie. Le show, qui offrait jusqu’ici une succession de tableaux pour mettre chaque queen en avant, se transforme en une fable gothique complètement déjantée. L’écran géant a disparu pour laisser place à un décor de guingois, tout droit sorti de l’univers de Beetlejuice.
Cette nouvelle vision, on la doit à un metteur en scène de théâtre et d’opéra qui a fait ses preuves. Vous avez peut-être aperçu son travail lors d’un événement un brin confidentiel en 2024 : les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris. Thomas Jolly, directeur artistique de cette tournée Drag Race, a complètement réimaginé ce spectacle bien rodé en un conte gothique, sexy et hilarant, avec l’aide d’une véritable armée de talents : Kevin Vivès et Samy Zerrouki, avec qui il a collaboré sur la direction artistique, la mise en scène et l’écriture ; la scénographe Hélène Fief, qui signe les fabuleux décors ; Aymerick Zana, qui habille déjà les plus belles queens de Paris (entre autres), à la supervision des costumes…
Que la spooky season commence !
Bien sûr, Thomas Jolly connaissait l’émission, il a même été juré de cette saison 4, mais c’est en croisant le producteur Raphaël Cioffi après le Bercy, plein à craquer, de Drag Race France All Stars en 2025, qu’il lance une invitation : « Si jamais un jour vous avez envie que je débarque, je suis votre homme ! ». Il faudrait être fou (ou folle !) pour ne pas le prendre au mot. Sa condition, c’est de donner à ce show une histoire, avec un vrai décor, comme au théâtre. Le budget, lui, reste le même, nous confie-t-il : « Il est juste utilisé différemment ».

© Valentin Folliet
Au fil de ses rencontres avec les reines de la saison et après les avoir questionnées sur leurs envies, leur univers, leurs inspirations, un thème se met à germer : « On commence à construire une sorte d’intrigue, à mi-chemin entre Scooby-Doo et le Rocky Horror Picture Show ». Et c’est vrai qu’il y a plein de passerelles entre le drag et le genre de l’horreur : le « camp », évidemment, mais aussi l’idée de transformation, de créatures ostracisées, la subversion…
L’idée du show était née : après la victoire de Lana Cotta, nos queens s’installent dans un vieux manoir poussiéreux dont les heures de gloire semblent loin derrière. Il s’agit en fait d’un ancien cabaret, le Nicky Doll Palace, encore hanté par sa gérante d’alors, victime d’une malédiction, et qui est tombé dans l’oubli après avoir été la cible d’un certain Oncle Charles. Ah, l’Oncle Charles ! Pour celles et ceux qui n’ont pas la réf, Charles Alloncle, député UDR (allié du RN), était rapporteur d’une commission d’enquête sur l’audiovisuel public, qui s’en est notamment pris à l’émission Drag Race France.
Même si le drag reste un art, et que l’art est politique, est-ce que Thomas Jolly n’a pas eu peur d’aller sur ce terrain ? Sa réponse est sans équivoque : « Non. Moi, je me suis pris pour Jean de La Fontaine : il utilise le lion pour parler du roi dans ses fables. Et ce qu’on raconte, nous, c’est une fable. Il fallait que l’on trouve un nom à ce grand méchant qui menaçait de fermeture les cabarets parce qu’il ne comprend rien de ce qui s’y passe, qui dénigre cet art. Il n’y a pas de peur à avoir ! Derrière cette fable que l’on raconte, il y a des échos à l’actualité. Ça a toujours été une tradition française d’utiliser des personnages existants, de les détourner, d’en faire des personnages de fiction. »

© Valentin Folliet
Une lettre d’amour au théâtre et à l’horreur
Outre ce clin d’œil, un brin caustique, à l’actualité et aux pressions constantes que subit la communauté de la part d’une certaine frange politique, Drag Race France Live enchaîne les tableaux de chaque queen comme il déroule son conte drôle et macabre, criblé de références à la pop culture et au genre de l’horreur :
« Alors nous, on a un gros kink sur Scream. Le Rocky Horror Picture Show était quand même une grosse réf aussi pour nous. Mais l’autre grand film qui m’a un peu matrixé au printemps, quand j’étais coprésident de la Queer Palme à Cannes, c’est Teenage Sex and Death at Camp Miasma. Comment ce genre de l’horreur vient conditionner nos imaginaires ? Comment est-ce qu’on peut les dépasser et en faire des exutoires ? En plus de toute la charge lesbienne du film, Camp Miasma, ça a vraiment été une grosse influence. Sinon on a aussi Shining, l’univers de Tim Burton… Mais au-delà de l’horreur, ce qui nous a le plus influencés, c’est le théâtre antique, le théâtre élisabéthain, et leur extrapolation du genre humain. »
Voilà pour les inspirations les plus évidentes. Mais certaines sont mieux cachées, comme lorsque Nicky Doll dit : « Qui m’a sortie de mon sommeil ? Qui m’a arrachée du malheur ? ». Thomas Jolly met les mots de Sénèque, son auteur de théâtre préféré, dans la bouche de la Reine Mère. Et, quand La Harpie chante « Quand vous me voyez, je sais ce que vous vous dites, que je ne suis pas ce dont j’ai l’air », c’est un hommage à l’éternelle Coccinelle, figure du cabaret, activiste, et icône trans des années 50, qui n’est jamais bien loin de nos pensées quand on parle de divertissement queer.

© Valentin Folliet
La danse langoureuse de Lana Cotta qui chevauche fiévreusement une moto, le numéro totalement désopilant de Margarette, née pour faire de la comédie, la partition d’opéra de Creatine Price, diva dont la performance a suscité de longs et émouvants applaudissements, le medley Britney Spears par l’étourdissante Azémylia, l’arachnéenne Daisy Superbitch, les va-et-vient entre les genres de Malawitte, l’envoûtante La Harpie, le tango sensuel de Sublyme, la beauté d’un autre monde de Fluffy Bidule et la majesté de Holly White… toutes réunies sous le marrainage bienveillant de Nicky Doll.
On rit (beaucoup), on chante, on danse, on lance des incantations avec elles pour un monde meilleur, plus doux, plus fun, plus inclusif. Mais il faut bien que le rideau tombe : les queens ont encore plusieurs soirées à enchanter au Casino de Paris (jusqu’au 17 octobre) avant de partir sur les routes de France. On laisse le mot de la fin à la maîtresse de cérémonie, Nicky Doll : « La haine prendra toujours de nouvelles formes. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons lui proposer de nouvelles formes d’amour ».
Réservez vos places pour ne pas manquer le show de l’année, Drag Race France Live.












