Le Palais de la Porte Dorée retrace l’histoire entrelacée des flux migratoires et du climat

Le Palais de la Porte Dorée retrace l’histoire entrelacée des flux migratoires et du climat

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© Courtesy Lucy + Jorge Orta et collection du Musée national de l’histoire de l’immigration.

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Par Pauline Allione

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Une expo cruciale, qui nous rappelle que ces enjeux ne datent pas d’aujourd’hui.

Sécheresses accrues, réchauffement des eaux, intempéries violentes, érosion des sols et diminution de leur biodiversité… Les effets du changement climatique sont divers et touchent de nombreuses régions du monde : on pense à Venise, que l’Institut national de géophysique et vulcanologie (INGV) italien projette sous les eaux d’ici 2100, ou encore à l’Afrique, où les températures augmentent plus vite que la moyenne mondiale et où les pays injectent entre 2 et 5 % de leur PIB pour gérer ces crises extrêmes. Le terme de réfugié climatique, d’ailleurs, s’est démocratisé : « On appelle réfugiés climatiques, l’ensemble des personnes qui doivent quitter leur maison ou quitter leur terre à cause de dégradations de leur environnement qui sont liées aux changements climatiques », définit François Gemenne, spécialiste en géopolitique de l’environnement et membre du GIEC.

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Plus brûlantes que jamais, ces questions ne sont en réalité pas récentes : l’humanité a toujours composé avec les évolutions climatiques dans ses déplacements. Et l’exposition « Migrations et climat » le prouve, au gré d’un parcours qui relate une histoire ancienne et documentée des flux humains motivés par des facteurs environnementaux et climatiques. En filigrane, l’exposition pose une question primordiale : comment habiter notre monde ? Rendez-vous du 17 octobre au 5 avril 2026, dans tous les espaces du Palais de la Porte Dorée.

Nyaba Léon Ouedraogo, Le pêcheur , 2022. (© Nyaba Léon Ouedraogo)

Un tableau complexe… et vieux comme l’humanité

Conscient des idées reçues sur le sujet – les flux migratoires iraient forcément du Sud vers le Nord, ces mouvements seraient un phénomène récent, ils seraient forcément définitifs… –, le Palais de la Porte Dorée nous livre les clés pour « comprendre la réalité complexe des mobilités qui dépendent de dynamiques sociales, politiques et économiques et varient d’un territoire à l’autre » et détricoter les préjugés. Du Vietnam au Soudan du Sud en passant par la Vendée ou encore les petites îles du Pacifique, « Migrations et Climat » nous éclaire sur ce phénomène multifactoriel. Données scientifiques, œuvres d’art, témoignages et photographies à l’appui, l’institution parisienne dresse un tableau complexe de ces dynamiques influencées par le climat, et livre des pistes pour continuer à vivre sur ces territoires – l’exil étant parfois la solution.

Conçue en quatre parties, l’exposition commence par ancrer le sujet dans une temporalité longue, puisque les dégradations liées au climat ont toujours été un facteur dans les migrations humaines. « Ces migrations ont laissé des traces présentées ici dans toute leur diversité : pointes de chasse préhistoriques témoignant des adaptations au climat des chasseurs-cueilleurs savoisiens, objets rituels destinés à prévenir les intempéries, outils liés à la transhumance alpine, mais aussi œuvres d’art anciennes et contemporaines attestant de la permanence du dialogue avec les forces de la nature », détaille le musée.

Focus, ensuite, sur les stratégies d’adaptation mises en œuvre, aux niveaux individuel et institutionnel : « Agriculture repensée, relocalisation des habitats, réseaux de solidarité, revitalisation des savoirs traditionnels… Les solutions, souvent ancrées dans le territoire et portées par les communautés elles-mêmes, témoignent d’une inventivité face à l’urgence », souligne le Palais de la Porte Dorée. L’occasion de revenir sur la notion de réfugié climatique, largement abordée dans l’espace public mais pas reconnue par le droit international.

Julie Polidoro, Mongolian Dust Storm, 2023. © Collection du Musée<br>national de l’histoire de l’immigration. (© ADAGP, Paris, 2025)

Se projeter dans un monde en évolution

Une troisième section avance des éléments de réponse aux problématiques climatiques, à travers les évolutions juridiques et les aides humanitaires, et donne matière à penser des solutions pour protéger les écosystèmes et conserver des espaces habitables. Dans les zones en proie à la sécheresse, il peut s’agir de récupérer l’eau des nuages ou, comme au Ladakh, au nord de l’Inde, celle des glaciers : « Face à la fonte précoce des neiges et au recul des glaciers, les habitants du Ladakh fabriquent des « stupas de glace », des cônes gelés conçus pour capter l’eau des ruisseaux en hiver et pour la libérer lentement au printemps afin d’irriguer les cultures », illustre le Palais de la Porte Dorée.

Enfin « Migrations et climat » consacre un espace aux bouleversements océaniques et marins à travers l’étude de cas spécifiques au Sénégal, dans le Pacifique et au Groenland. Le musée détaille : « Au Sénégal, la diminution des ressources aquatiques, liée à la surpêche et au réchauffement des eaux, bouleverse les pratiques et fragilise les communautés côtières. Dans le Pacifique, les petites îles de basse altitude comme Tuvalu, Kiribati ou Vanuatu luttent pour leur survie face à la montée des eaux qui submerge ses terres. Enfin, au Groenland, le comportement erratique de la nature perturbe les modes de vie des populations autochtones. […] Ces études de cas viennent montrer que les migrations ne se résument pas à un exil brutal et du Sud vers le Nord. Les migrations peuvent être temporaires, saisonnières ou internes et sont souvent une réponse ultime à une pression environnementale croissante ».

À la croisée de l’art, des sciences et du témoignage citoyen, « Migrations et climat » mêle l’histoire aux vécus contemporains pour mieux comprendre et se projeter. Alertant sur l’ampleur et la diversité des changements climatiques, l’exposition dessine un panorama complexe et documenté du sujet, libéré des déformations et récupérations politiques.

Dorothea Lange, Migrant Mother, 1936. © Library of Congress Prints and Photographs Division Washington, D.C. USA.

Ghazel, Marée rouge , 1966. © Collection du Musée national de l’histoire de l’immigration. (©<br>ADAGP, Paris, 2025)

L’exposition « Migrations et climat » est visible au Palais de la Porte Dorée, du 17 octobre 2025 au 5 avril 2026.

Konbini, partenaire du Palais de la Porte Dorée.