L’entretien avec le phénomène La Mano 1.9 : « J’ai fait une entrée qui n’est pas commune dans le rap »

L’entretien avec le phénomène La Mano 1.9 : « J’ai fait une entrée qui n’est pas commune dans le rap »

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La Mano 1.9 par @marinebenjamin

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Par Simon Dangien

Publié

Un premier album en juin, un début de carrière comme on en a rarement vu... Après son Trou Story, on se devait de gratter un peu plus auprès de La Mano 1.9.

Le 26 juin 2025, La Mano 1.9 dévoile son premier album après une grosse année de run intensif durant lequel sa carrière prend un nouveau tournant, global. Le rappeur n’a pas pris son temps pour péter aux yeux de la France entière, mais concède l’avoir pris pour concevoir R.A.T. Dix-huit morceaux que le phénomène du 19e nous décrypte, revenant également sur son début de carrière, ses premiers textes, ses passages en prison et leurs répercussions, les raisons de son succès, TikTok ou encore son avis sur la drill. 

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On s’est longuement entretenus (en toute détente quand même) dans les locaux de Konbini avec le phénomène du 19e. L’entretien papier de La Mano 1.9 : 

Konbini | Comment vas-tu ? À l’heure où on se parle, tu viens de faire les Solidays, j’ai vu les vidéos, c’était chaud.

Ouais, c’était le feu. Après, moi, je n’ai pas fait beaucoup de festivals, mais celui-là, c’était le meilleur. Après, je vais faire les Ardentes, Dour, le Golden Coast.

On sent vraiment que la machine est lancée, même niveau interviews, tu viens de faire un Trou Story chez nous, on t’a vu aussi sur d’autres médias comme Booska-P. Tu sens que c’est parti ? 

Ouais, là, c’est bon, il n’y a plus de marche arrière, c’est tout droit ! [rires] De base, je n’avais pas trop l’habitude des interviews, des lives, etc., mais au fur et à mesure du temps, j’apprends et ça devient plus détendu et facile. 

Ton premier album, R.A.T, est dehors depuis peu. Ça te fait quoi de le voir dispo sur les plateformes ? 

C’est un gros soulagement, on a beaucoup charbonné, on a pris notre temps, presque un an. Il y a des sons qui remontent à cette période, d’autres à deux mois. 

Tu as ressenti des contraintes par rapport à toute la discipline nécessaire quand on commence à se pencher sur un premier disque ? 

Je n’avais pas l’habitude. Quand on m’a demandé de faire un projet, je me suis posé la question de « Comment on fait vraiment un projet ? Par quoi on doit commencer ? ». Et avec le temps, j’ai compris qu’il ne fallait pas se mettre en tête de vouloir à tout prix faire un projet, il fallait faire du son, tout simplement. Chaque fois qu’il y a une séance de studio, faire du son, rester dans sa bulle. Et au fil du temps, avec ce que tu as, tu fais un tri, tu essayes de voir… C’est plus comme ça qu’on l’a fait.

Tu as jeté beaucoup de morceaux ? 

Ouais, quand même. [rires] Il y a des morceaux que je ne voulais pas jeter. 

C’est une contrainte de plus quand on pense album, ça ! 

C’est un problème de riche, en vrai. [rires] Au final, ça fait un tri, c’est nécessaire, et je me dis que c’est un mal pour un bien. Demain, un morceau jeté ne l’est pas vraiment s’il est si bien que ça, tu vois ? Il peut être réutilisé, amélioré, peaufiné, etc. 

Et comment vous avez choisi ? 

On savait qu’il nous fallait 18 sons, donc on savait qu’on allait devoir en virer trois à un moment. Et puis là, on se regarde tous. [rires] On réécoute les sons, on galère à se décider. 

Tu as le nom d’un morceau qui n’est pas sorti mais que tu gardes dans un coin de ta tête ? 

« Dingue ». Je ne sais pas sous quelle forme il pourrait apparaître, single ou bien dans un projet, mais je pense qu’il va voir le jour, celui-là. 

Et pour revenir à R.A.T, tu l’as réécouté depuis la sortie ? 

Deux, trois fois, ouais ! J’étais choqué parce que je me suis plus pris une balle quand il est sorti que quand je l’écoutais avant, parce que je ne voyais pas vraiment la forme complète du projet. C’est autre chose, c’est une satisfaction supplémentaire. « Mailler » par exemple, j’ai redécouvert un peu le son. Quand je l’écoutais avant la sortie, c’était déjà l’un de mes top 3, mais là, en l’écoutant, je trouve que c’est encore mieux que ça. 

Dans ce projet, on sent aussi une volonté de s’ouvrir et de se diversifier. Comment ça s’est passé en studio ? 

C’était naturel, je voulais le faire, tenter d’autres choses, m’ouvrir, mais en même temps je me disais qu’il fallait le faire aussi. Parce qu’il ne fallait pas que ce soit redondant comme ils disent. Il me fallait un juste milieu, moitié chantonné, moitié garder l’authenticité, mon identité de base. 

Avec les attentes autour de toi, du projet, les critiques et les retours, comment tu fais pour rester droit dans ta musique et ta vision ?

J’essaye de rester moi-même. Que ce soit dans la musique ou en dehors. Tu as les conseils qui sont bons à prendre et d’autres moins, il faut garder cette petite voix dans ta tête, écouter l’instinct, comme ça, demain, s’il y a des déçus, tu ne pourras pas en vouloir à quelqu’un. Mais des fois, les auditeurs donnent de très, très bons conseils. Justement, ce conseil de ne pas se répéter et de se diversifier sur le projet, c’est les auditeurs qui m’ont mis sur cette voie. 

Tu as eu une routine de studio particulière pour l’album ?

Comme moi j’ai un style de musique assez particulier, que je crie beaucoup, j’essaye de trouver un temps de repos à chaque fois pour ne pas avoir la voix trop cassée en studio. Ça veut dire qu’on est sur deux, trois séances par semaine environ. Avant l’album, c’était pire, je suppliais mon équipe : « Non, c’est bon ! » [rires] Mais le studio, c’est comme ma maison. Avant j’écrivais chez moi, maintenant j’écris quasiment tous mes textes au studio. 

Tu écris tous tes textes ou parfois tu laisses place à du phrase par phrase ou à de l’improvisation ? 

Non, je fais tout sur le bigo, je ne rentre jamais en cabine sans avoir écrit. Peut-être quelques toplines mais sinon jamais. 

Avant de reparler de l’album, j’aimerais qu’on reparle un peu de tes débuts dans le rap. Tu démarres dans le groupe Block 51.

C’est ça, on était deux à la base, avec mon pote Rasmo. On a commencé au collège, sixième, cinquième, on écrivait nos textes un peu timides dans notre coin. On a commencé à se les faire entre nous, à kiffer, c’est venu tout seul. 

Il y a eu un déclic qui t’a fait commencer à écrire ? 

Alors oui, mais ce déclic, je ne l’ai pas eu en sixième mais en primaire. Je ne sais pas comment j’écrivais mais j’écrivais. [rires] J’écrivais sur du papier, je ne me souviens plus de ce que je disais précisément mais ça ne parlait pas de rue en tout cas, j’étais plus dans la mélo, ce qui me passait par la tête, en vrai. Et arrivé au collège, c’est là que j’écris plus sérieusement. 

Et tu avais déjà l’envie d’en faire ton métier ?

Oui, dès le début. Depuis que je suis petit, même quand j’écrivais des textes sans savoir où j’allais, j’avais déjà cette option dans ma tête, indirectement, c’est sûr, mais je sais qu’elle était quelque part dans ma tête. 

Vous discutez de ce qui se passe autour de toi avec Rasmo ?

Déjà, il faut savoir que la séparation n’a pas été très facile, parce qu’en général, quand les groupes se séparent, ils sont déjà… Je ne vais pas dire au sommet… Mais ils ont déjà fait un certain chemin : 13 Block, 4Keus… Mais nous, il faut savoir qu’on s’est séparés après un seul son sorti, on n’était même plus au collège.

Donc la période collège, vous écrivez mais rien ne sort officiellement ?

C’est ça, c’est de l’apprentissage, on se cherche, même dans la musique on se cherche. Une fois sortis du collège, on se met en tête de clipper, on veut augmenter nos séances de studio, avoir plus de sons, etc. Et on commence à s’activer. On est en solo, on essaye de se débrouiller à gauche, à droite, on économise, on est en set… C’est comme ça qu’on a commencé à faire nos premiers sons, en vrai. 

Tu parlais d’une séparation compliquée, qu’est-ce qui a été le plus dur ? 

C’est le fait de se séparer et que l’un reste. Après, quand on regarde dans les groupes, c’est souvent le même schéma. Pour le coup, on était deux, et mon entourage a misé sur moi, donc il peut se sentir délaissé. C’était dur, même de mon côté, de voir mon gars comme ça. Tandis que moi j’avance, il n’y a pas de suite pour lui, ça veut dire que j’ai toujours été là pour le soutenir, lui dire qu’il ne fallait pas lâcher. C’est qu’une question de temps, c’est tout, il n’y a que le travail qui paye. 

Pour le média Mosaïque, tu parles d’Or Noir de Kaaris comme l’album qui t’a le plus marqué, mais est-ce qu’il y a un album un peu plus récent qui t’a fait la même chose ?  

M.I.L.S de Ninho, top 1 ! Après les projets de Werenoi également, paix à son âme. En soi, j’ai écouté de tout, même du Angèle, des choses qui n’ont rien à voir directement, mais comme projet, Or Noir reste devant. Et aux États-Unis, c’est pareil, c’était mélangé, je pouvais écouter du Chief Keef comme je pouvais écouter du 50 Cent, du Justin Bieber, du Chris Brown. Je te parle de ça quand j’étais plus jeune. Sinon Pop Smoke, quand il est arrivé dans la drill, il avait son empreinte. Il m’a marqué, mais aux États-Unis, c’est avant tout 50 Cent. 

Qu’est-ce qui te plaît dans sa musique ? 

Ce n’est pas de ma géné mais mon grand frère écoutait déjà du 50. Il ne sait pas bien parler anglais mais il était à fond. [rires] C’est resté gravé dans mes oreilles, j’ai grandi avec ça. Il y a même des sons dont je ne connais pas le nom mais je les chante par cœur. 

Et comment se passent tes premières expériences avec la drill ? 

C’est venu naturellement. J’ai commencé par de la trap, un peu de sons mélodieux aussi, et quand la drill a commencé à s’installer en France avec les Freeze, Gazo, 1PLIKÉ140, je me suis adapté à l’air du temps, en testant des trucs par-ci, par-là. J’ai vu que c’était quelque chose à quoi j’accrochais bien. Tout collait, on aurait dit que ça avait été créé pour moi.

Je voulais avoir ton avis là-dessus. En 2025, la drill n’est plus dans sa grande forme : comment tu te positionnes par rapport à ça ? 

Mon avis, c’est que la drill, ce n’est pas finito. C’est juste qu’il y a une ère de ce style qui nous a marqués avec de gros titres. Et c’est comme tout, quand quelqu’un est passé, il faut innover, ne pas faire les mêmes sonorités. C’est juste que depuis ça, on n’a pas vu de nouveau Gazo ou de nouveau 1PLIKÉ140 par exemple. Mais à tout moment un jeune sort de nulle part, il sort une drill qu’on n’a jamais vue et c’est relancé pour les gens. 

En ce moment, il y a beaucoup de choses qui se passent pour les rappeurs du 19e. (JRK, Nono La Grinta, La Rvfleuze, KLM…) Tu dirais que c’est que le début ? 

Oui, on est au début encore. Tous les rappeurs du 19e, on sait que c’est le moment, on sait que c’est maintenant. On n’a pas le choix, on ne peut pas attendre. On est tous branchés, on se connaît tous directement ou indirectement. 

Avec Nono La Grinta par exemple. 

Ouais, Nono, c’est le frérot ! 

Comment tu vois son succès actuellement ?

C’est mérité. Il a réussi à imposer sa nouvelle DA avec le temps, c’est lourd. 

Toi, tu viens plus précisément de Crimée dans le 19e. Tu es encore beaucoup là-bas ? 

Toujours. Si je ne suis pas en showcase ou en concert, je suis là-bas. Mes TikTok, c’est là-bas, les « tranchées », c’est là-bas. [rires] 

Tu es encore beaucoup dans le 19, dans l’album tu dis que tu prends toujours le métro et que tu vas encore au wok ; malgré tout ça, dans « Mailler », tu dis ça : « Plus je grimpe, plus ils diront que je fais le malin ». Tu le ressens, ça, au quotidien ?

Malheureusement, ouais, clairement. Après, c’est comme ça. Et c’est que le début, en vrai. [rires] Demain, je vais encore grimper, des gens que je ne connais même pas vont dire que je fais le malin ou qu’ils n’aiment pas ma musique, mais c’est normal. 

À quel point l’entourage peut compter dans ces moments-là justement ?

Sans mon entourage, je ne suis pas là. C’est indispensable. Faire tout ça tout seul, c’est impossible. Et ça ne marchera pas mieux avec quelqu’un d’autre qu’avec ton entourage. Même si demain tu as de mauvaises pensées, des doutes, tu te décourages, si ce n’est pas l’entourage, personne ne viendra te soutenir. De mon côté, ce sont les mêmes depuis le départ, ça ne bouge pas.

Dans ton featuring avec SDM, tu dis : « Sorti du trou, j’ai enchaîné les hits ». Tu expliques en interview que c’est en prison que tu te rends compte que tu veux vraiment faire de la musique. Elle sort d’où, cette motivation ? Parce que tu pourrais être aussi au fond du trou comme recroquevillé sur toi-même et finalement tu pensais déjà à la suite. Qu’est-ce qui se passe dans ta tête ? 

En fait, je suis parti en prison une première fois avant ces sept mois là. C’était en 2019, j’allais avoir 19 ans. À ce moment-là, quand je vais une première fois en prison, je suis loin du La Mano de « I DON’T LIKE » qui sort de prison et qui fait « La Mano a fini sa peine ». Là, j’ai arrêté l’école, je suis dans la rue, j’écris toujours mes textes, je cherche toujours à faire de la musique et je ne me suis pas encore lancé en solo, donc ça veut dire que quand je suis sorti de prison la première fois, j’étais vraiment déboussolé. Ça m’avait plus mis une claque qu’autre chose. Et c’est à ce moment-là que mes producteurs ont décidé de commencer à me produire. En gros, on a commencé, ça se passait bien, et en 2021 je retourne en prison. 

Donc quand tu retournes en prison la deuxième fois, tu es déjà plus entouré ? 

Ouais, j’ai déjà sorti « Versace », « R.A.T #1 » et « One Nine ». 

D’accord, tu sens qu’il y a un truc qui se passe et tu sais que quand tu vas ressortir, ça va continuer ? En tout cas, plus que la première fois ? 

[hésitation] Non, pas directement. Quand je me suis fait attraper pour la deuxième fois, j’avais sorti trois premiers clips en solo. Je n’ai même pas le temps de créer un engouement que je retourne en prison, je prends une grosse tarte. Mon manager, il m’insulte, mon producteur ne veut plus rien faire avec moi. Ah, c’était compliqué de ouf. Je vois sur TikTok que le 19e monte et je me remets grave en question, je me dis : « Là c’est soit je sors de prison et je nique tout, soit je vais finir ma vie en prison, tout simplement. » Je ne le souhaitais pas, t’as vu, mais c’était soit l’un, soit l’autre pour moi. 

Et après, c’est comme ça qu’en prison je me suis plus concentré sur ma musique. Je me posais des questions : « Qu’est-ce que je peux faire ? Qu’est-ce que je peux amener en plus à ma musique ? Qu’est-ce que je peux faire pour faire monter le truc ? »

Et c’est là-bas que tu réfléchis à « I DON’T LIKE ». 

Exact, c’est une lumière de Dieu, ça ! Direct. J’ai écrit le refrain en prison. J’étais avec un codétenu qui était totalement matrixé par la drill. Cette anecdote, je ne l’ai jamais expliquée, mais à ce moment-là, je connais la musique « drill » mais pas ce que ça signifie vraiment. C’est lui qui m’explique tout. Il en écoutait H24, donc ça rentrait tout seul dans ma tête. 

Et c’est un artiste aussi, ton ancien codétenu ? 

C’est un artiste dans l’ombre. C’est un artiste timide, caché. Quand il m’expliquait tout ça, j’en apprenais beaucoup trop, je me disais : « Ah donc il y a vraiment un truc à apprendre de ce style de musique. » Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’en prison, c’est une routine, un cercle vicieux. Tu fais tous les jours les mêmes choses, si tu vas faire du sport, tu fais tous les jours du sport, etc. Eh bien c’est pareil pour la musique, tu vois. Moi je suis quelqu’un qui écrit mais je n’écoute pas trop de musique, mais lui il écoutait de la musique et de la drill matin, midi, soir. C’est comme ça que j’ai appris à vraiment aimer ce style et à me dire : « Ouais, je vais commencer à poser de cette manière-là. »

Donc ton premier succès survient après cette sortie, et ton premier single d’or en solo, c’est « I’M SORRY ». Les titres en anglais, ça te réussit, on dirait ? Alors que dans ton équipe, il y avait des réticents, si je ne me trompe pas. 

Ça, c’est quand je suis sorti de détention, on a fait « I DON’T LIKE » au studio. Au moment où je disais « I DON’T LIKE », mes potes me chambraient. Ils disaient en gros : « Eh toi c’est bon, t’es parti en prison, t’es devenu fou ? Tu parles anglais maintenant ? » Je leur disais : « Attendez, attendez. »

Même avant « I’M SORRY », il y a « I SAY », après aussi « Sexy Woman »… Au final, ça devient fait exprès, c’est volontaire. 

Comment s’est faite la réflexion sur le fait d’arriver directement avec un album de 18 titres ? Tu vois ça comme un risque ? 

On peut dire que c’est un risque, mais c’est un bon risque. Je suis conscient de la hype qu’il y a autour de moi actuellement et je suis conscient aussi que j’ai beaucoup fait attendre ma communauté, mes auditeurs. Ça fait presque un an qu’on me demande de sortir un projet, même un EP de trois, quatre sons. [rires] Moi, j’étais dans mon coin en train de charbonner. C’est la raison pour laquelle il y a 18 titres aussi. Pour les régaler au final, cette attente, ce n’est pas pour rien. 

Le premier morceau de R.A.T démarre par un extrait d’un journal télévisé qui évoque le cambriolage d’un appartement. Pourquoi démarrer ton premier album sur cet extrait-là ? Ça m’a fait penser à l’intro d’ADC de Freeze corleone, qui démarre aussi sur un flash info le concernant. 

Ouais, fort. Moi, c’était pour imager ma vie avant la musique. Même le son il parle de moi on va dire au passé, entre guillemets. Sinon, le titre où on en apprend le plus sur moi, c’est « Génération ». Pour moi, c’est le son le mieux écrit du projet.

Tu as une phrase qui t’a marqué à l’écriture ?

« Avant le R.A.P j’étais en paix ». Tout est dit dedans, c’est pour dire que quand il y a le succès, tu peux vivre en paix mais beaucoup moins qu’avant. 

Mais en vrai, la vie que tu mènes actuellement, elle t’apporte plein d’avantages que tu n’aurais pas pu avoir avant, non ? 

Ouais, c’est vrai, mais quand même.

Si tu pouvais choisir, tu préfères cette vie-là ou celle loin de la lumière ?

La vie d’anonymat est beaucoup mieux. 

Tu sens que ça peut te peser parfois ? 

Non, je le ressens, mais ça ne me dérange pas trop. C’est soft.

Je change de sujet, mais sur X/Twitter, j’ai vu certaines personnes relever le nombre de fois où tu cites des prénoms féminins dans ton album. 

Ouais, j’ai vu passer. [rires] Dans le son « Sexy Woman », tous les noms que j’ai cités, je ne connais aucune meuf qui s’appelle comme ça. [rires] C’est juste pour le délire, en vrai ! 

Il faut qu’on parle aussi d’un feat du projet, celui avec Tiakola. Il fallait un deuxième round après « G.A.N.G » sur la mixtape BDLM ?

Ben, en vrai, on était déjà branchés avec Tiako après ce premier feat, donc ça s’est fait en détente. Au début, on a pris du temps à trouver l’instru. Une fois qu’on a trouvé la petite topline du début, c’était lancé. Un coup, Tiako entre dans la cabine, il essaye un truc, ensuite j’entre à mon tour, après on ressort, on écoute ce qu’on a fait, on refait encore, c’était grave méchant. Même le rec au début du son il s’est fait tout seul. Dès qu’on a fini le son, on a fait les ambiances et on était tous les deux dans la cabine. 

Dans R.A.T, à un moment, tu dis ça : « Tu veux feater, mets-toi derrière la queue ». Est-ce qu’avec ton statut récent tu deviens plus sélectif sur tes collaborations ? 

On était déjà sélectifs, en vrai, mais là on l’est beaucoup plus qu’avant. Il faut que je me concentre un peu plus sur moi-même. J’ai fait une entrée pas commune dans le rap. Je suis arrivé avec beaucoup de feats, de gros feats, de gros artistes qui me contactent. 

Est-ce que vous avez hésité à un moment à faire l’album sans feat ? 

Ouais, c’était la première option. Ensuite, on s’est posés, comme ça, un beau jour, on s’est dit : « Les gars, OK OK La Mano, mais est-ce que ça ne serait pas la cerise sur le gâteau de faire deux, trois feats ? » Après ça, on a testé pour voir ce que ça allait donner et on a kiffé de ouf. SDM, Vacra, c’est des collaborations que je n’avais jamais faites avant l’album, et c’était nécessaire. 

Le morceau « Célibataire », il dresse un constat un peu amer de ta vision de l’amour. Pourquoi ces paroles, tu le penses vraiment ? 

Ça reste mon avis, c’est moi qui pense que je finirai célibataire, après… Je pense que le fait d’avoir le succès, c’est ça qui fait que je suis encore célibataire. 

Mais tu as le temps encore. 

Ouais, j’ai le temps, mais avec ce que j’ai vu, le temps est compté, quand même. Dans deux ans, j’ai 26 ans, je ne vais pas la marier au bout d’un an, impossible, je le sais, donc au bout de deux ans, ça veut dire que j’aurai 28, 29 piges, c’est relou.

Tu peux m’expliquer cette autre phrase : « J’attends pas de percer à Nouvelle École » ? 

Aïe ! C’était pour dire que je n’attends pas qu’on vienne me demander, que je n’attends pas qu’on vienne me dire ceci ou cela ou me mettre dans une case, non, je le fais moi-même, même si ça prend du temps. Et je n’ai rien contre Nouvelle École, très bonne émission. [rires]

C’est qui, ton candidat préféré ? 

Yorssy ! 

« On attend pas le rap pour quitter la hess ». Pour toi, ça a marché, mais est-ce que tu considères que le plan rap est encore viable et vraiment intéressant pour s’en sortir ?

Cette phrase est vraie mais c’est un peu contradictoire parce que, en vrai, la musique, ça peut changer ta vie.

Mais ça peut aussi la détruire, en vrai, si tu mets toute ton âme dedans sans retour. 

Ouais, c’est vrai. Moi, quand je dis cette phrase, c’est pour dire que même avant la musique on cherchait à se débrouiller, on ne restait pas comme ça les bras croisés, on était tout le temps en train de chercher un truc à faire. 

Tu considères qu’un jour tu as pu avoir une bonne étoile au-dessus de toi ou une certaine dose de chance qui est arrivée au bon moment ? 

Je pense que c’est le Très-Haut, ouais, je pense que c’est Dieu, tout simplement. Quand je suis reparti en prison, je me suis rapproché un peu. Je priais beaucoup et je pense que ça a joué de fou malade.

Ça va trop vite. Il y a max deux ans, je n’avais même pas 10 k d’abonnés sur TikTok, je me disais : « Mais comment je vais faire pour que ça marche ? » Et aujourd’hui, je suis à un million, c’est incroyable. Même des artistes m’ont dit que mon évolution n’était pas comparable à la leur, c’est allé très, très vite. 

Sur Booska-P, tu revenais sur la définition de « rappeur TikTok », et j’ai l’impression que tu es assez au clair avec l’image que ça peut renvoyer.

Comme je l’ai expliqué, un soi-disant rappeur TikTok n’a rien à envier à un artiste « normal ». À l’heure actuelle, tous ceux qu’on appelle « rappeur normal » sont autant sur TikTok que sur tous les réseaux. Genre vraiment. Quand tu vas regarder sur TikTok, par exemple Attachingboy, il a commencé avec l’influence et il s’est lancé dans la musique, et ça marche. Je pense que c’est plus un boost qu’autre chose, donc oui, je suis au clair avec ça.   

@lamanoonenine19 DANS LA NEUZOO‼️🏴‍☠️☀️@Tiakola_Meloo 🐍 #lamano #newmusic #crime ♬ Crime ensoleillé - La Mano 1.9 & Tiakola

Est-ce que tu arrives à gérer ton temps sur l’appli ?

J’avoue, sans le savoir, je passe beaucoup de temps sur cette appli, peut-être la moitié de ma journée. Je poste, je scrolle, je regarde, je rigole. Je suis addict à TikTok peut-être. [rires] Il faut demander à mon entourage, parce que moi je ne le vois pas. 

[Membre de son équipe : « Il garde beaucoup un lien avec sa communauté. »]

C’est vrai ! Je commente, je republie, je suis sur tous les terrains. 

Tu es le seul à avoir l’accès ?  

Ouais ! Carrément, c’est le seul réseau où je suis « full indé ». [rires]

Est-ce que tu penses être plus attentif aux chiffres que d’autres artistes ?

Ah, beaucoup plus. Je le sais même maintenant. Avec l’habitude, c’est comme-ci j’avais étudié l’application. C’est-à-dire que je peux balancer un TikTok et en cinq minutes je sais si je dois le laisser ou l’enlever. Je sais que je fais un certain nombre de vues en fonction du temps de publication. 

Tu pourrais devenir conseiller TikTok pour d’autres artistes. 

Si ça existe, à fond. [rires]

Ça serait quoi, le premier conseil de La Mano ? 

Le seul conseil que je peux leur donner, c’est de ne pas avoir honte du regard des gens et de ne pas s’arrêter de balancer, parce que, en général, sur TikTok, les gens voient les utilisateurs pour qui ça marche et ils se demandent : « Pourquoi moi ça ne marche pas ? » Sur TikTok, il faut faire du spam. Moi, quand j’ai commencé, c’était exactement ce schéma-là. Je pouvais te balancer 15 vidéos en un jour, sur 15 sons différents. Et ça ne marchait même pas. Et le lendemain, je vais reprendre les mêmes 15 sons, je vais essayer de prendre une autre partie, et voilà. 

Tu as une prédiction de ton prochain son qui pète ? 

C’est une question de ouf, ça. Je me suis déjà posé la question. Pour moi, n’importe lequel qu’on va clipper, ça va prendre. J’attends de voir, de toute façon l’interview, elle est là. 

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En guise de dernière question, parlons de La Cigale le 12 septembre. Ce sera ton premier concert solo, tu l’appréhendes comment ? 

Sans pression, je suis hypé, surexcité. C’est mon premier concert solo. J’y ai déjà été beaucoup invité, je ne faisais qu’un seul son mais j’avais l’impression de faire un concert. Cette Cigale, c’est pour marquer l’histoire, il faut qu’il y en ait une, pas deux, comme ça ceux qui y seront pourront dire : « J’y étais. »

Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ? 

Faire vivre le projet, envoyer un ou deux visuels du projet, et il y a encore beaucoup de surprises, des concerts par-ci, par-là. Il va y avoir beaucoup d’annonces en fin d’année. Et pourquoi pas l’année prochaine on envoie un autre projet, directement. Un truc encore plus macabre, encore plus « bresom » !