Encore lui ! Le titre de la dernière exposition monographique du musée d’art contemporain de Lyon (macLYON) donne le ton. Celui qu’on n’en finit pas de voir mais dont on ne se lasse pas, c’est l’artiste lyonnais Jean-Claude Guillaumon (1943-2022). En explorant son œuvre inclassable, « Encore lui ! » nous plonge dans un esprit qui bouillonne d’inventivité, d’autodérision et de références. Et au passage, dans une série d’autoportraits qui préexiste à l’ère du selfie et abordent ces sujets ordinaires qui font le quotidien.
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Autoportraits et scénettes décortiquées
« Je ne me définis ni comme un peintre, ni comme un photographe. Je ne sais pas très bien où je suis, un touche-à-tout, un bricoleur », avançait Jean-Claude Guillaumon, artiste autodidacte et auteur d’une œuvre faite avec peu de moyens. Happenings, dessins, collages, photographies… Avec le motif de sa propre image en fil rouge, l’artiste n’a eu de cesse de renouveler ses mises en scène, utilisant différents médiums avec humour et originalité.
Dans Le peintre douanier (avant 1984), Guillaumon se met en scène façon peintre du XVIIe dans un tableau réalisé au crayon de couleur. Avec Histoire de l’art : le collectionneur, le modèle, le peintre, le photographe (1989), il incarne cette fois les trois rôles énoncés dans une image qui rappelle la cohue des paparazzades. Ou dans Guillaumon avale la Terre (1975), l’artiste raconte une histoire – proche du petit sketch – en plusieurs étapes : celle d’un homme qui tient le monde dans sa bouche, avant de s’étouffer bêtement avec.

Vue de l’exposition Jean-Claude Guillaumon, Encore lui ! au macLYON
Le macLYON rend ainsi hommage à la carrière de l’artiste et figure de l’art contemporain lyonnais, dans une exposition qui retrace ses évolutions artistiques. D’abord peintre, Jean-Claude Guillaumon découvre le happening et l’art environnemental à la Biennale de Venise, en 1964, et se fait l’un des représentants de ces formes d’art à Lyon. Le musée détaille : « Sans lieu ni soutien, et vite heurté aux limites d’un milieu lyonnais encore marqué par une vision conventionnelle de l’art, il invente ses propres espaces avec la complicité de son ami artiste François Guinochet : appartement transformé en lieu d’exposition, premiers happenings à Lyon, actions menées dans des lieux alternatifs tels que le Hot Club, un club de jazz. »
De Fluxus à l’élan artistique lyonnais
Influencé par le mouvement Fluxus et le Pop Art, Guillaumon collabore avec des artistes comme Ben, ORLAN, George Brecht et Daniel Buren, et participe à faire vivre ces formes d’art expérimental hors de la capitale. Le dessinateur industriel de profession prend part à l’ébullition artistique lyonnaise en organisant notamment la branche locale du festival Non-Art, Anti-Art, La Vérité est Art, imaginé par l’artiste Ben, qui interroge la relation entre l’art, les artistes et le public.

Vue de l’exposition Jean-Claude Guillaumon, Encore lui ! au macLYON
La pratique de Guillaumon prend un tournant dans les années 70 : sa propre image reste son motif principal, mais il s’oriente désormais vers la photographie, et notamment vers ce qu’il appelle ses Chronoportraits, sortes de scénettes racontées en quelques images. Pour autant, l’artiste ne se définissait pas comme photographe : « La photo n’est qu’un moyen pour raconter [son] histoire, l’histoire d’un homme ordinaire : son intimité, sa position sociale. […] Je me rends compte alors que je ne peux pas me satisfaire d’une vie sans pratique d’une expression artistique. »
Artiste curieux, polymorphe et modeste, Jean-Claude Guillaumon s’est faufilé dans l’art et l’histoire de l’art pour étudier ses propres gestes avec liberté, et livrer des chroniques ordinaires et sociales. Entre jeux de mots, mises en scènes burlesques, dédoublements et clins d’oeils historiques, Jean-Claude Guillaumon laisse derrière lui une œuvre joyeuse et malicieuse teintée d’auto-réflexion. Rendez-vous au musée d’art contemporain de Lyon jusqu’au 12 juillet 2026 pour découvrir son œuvre… puisque l’artiste n’a visiblement pas fini d’amuser la galerie.
L’exposition « Encore lui ! » est visible au macLYON jusqu’au 12 juillet 2026.
Konbini, partenaire du macLYON.












