Fashion designa de la saison 4 de Drag Race France et l’une des favorites des fans, Malawitte, aujourd’hui âgée de 26 ans, est originaire de Compiègne, dans l’Oise. Adolescente, elle était tout sauf du genre à se faire remarquer, et pourtant l’artiste sommeillait déjà en elle. « J’étais une ado très réservée, très calme, très timide, mais déjà très artistique. Je prenais des cours de dessin, je faisais du patinage, je faisais de la danse… Je dessinais déjà des looks à l’époque, je créais des silhouettes. »
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Graine d’artiste
Elle a suivi un bac S, dans une famille étrangère au milieu artistique, où l’idée de la voir se lancer dans ce genre de carrière avait de quoi inquiéter, comme beaucoup de parents dans ce cas. Pourtant, ils avaient bien vu poindre cette graine de talent qui ne demandait qu’à éclore, et ils avaient su, sans le savoir, cultiver chez la jeune Malawitte une vraie curiosité artistique. Son père, grand cinéphile, et sa mère, passionnée de mode, ont nourri cet univers dès l’enfance : « On a toujours eu plein de DVD de films à la maison. Et ma mère, elle venait me chercher en talons à l’école. »
Elle a longtemps travaillé dans son coin, entre petits projets et grandes idées. Mais pour donner corps à ses rêves, il lui fallait Paris. Rêveuse, certes, mais déjà animée d’une détermination sans faille, et c’est là que tout un monde s’est ouvert à elle. Sans marraine la bonne fée, elle a commencé le drag toute seule. Car, Malawitte, quand elle veut un truc, elle fonce ! « J’ai découvert le drag en 2018, avec RuPaul’s Drag Race, comme beaucoup de monde. Mais j’ai commencé à vraiment en faire il y a trois ans. »
« Pourquoi pas moi ? »
Il y avait tout de même un obstacle non négligeable à son entrée dans ce milieu : le manque de représentation. Malawitte est une femme cisgenre. Traditionnellement, le drag est un art plutôt associé au genre opposé : les drag queens sont le plus souvent des hommes cis, et les drag kings sont majoritairement des femmes cis. Fort heureusement, les frontières du genre sont de plus en plus poreuses et l’ouverture de la compétition Drag Race aux personnes trans a grandement fait avancer les mentalités.
Mais, sur plus de 700 participantes à l’émission, toutes franchises confondues, les candidates cisgenres (ou qui s’identifiaient comme telles au moment de la diffusion) se comptent sur les doigts d’une main. Malawitte est la cinquième. Et c’est déjà tout un symbole. Mais elle n’est, évidemment, pas que ça. C’est aussi une personne queer et racisée. La garantie que la vie vous filera quelques uppercuts de temps en temps. Mais le drag, c’est justement l’opportunité de transcender ce qu’on est, de révéler ce qui est enfoui le reste du temps, de devenir ce que l’on ne serait jamais sans l’aide des paillettes et des perruques extravagantes.
« Est-ce que j’ai le droit ? », se demandait Malawitte quand l’envie d’expérimenter le drag commençait à la titiller. En janvier 2023, tout bascule. Son boulot de l’époque ne la passionnait pas franchement, et c’est l’épiphanie : « Il fallait que je reprenne ma vie en main, je me sentais un peu perdue. » Elle a commencé à beaucoup plus traîner dans le milieu queer, à se rapprocher de la culture ballroom et s’est rendue compte que le drag pouvait être tout un éventail de choses. Toujours aussi déter, Malawitte n’a donc pas attendu qu’on lui donne la permission, qu’on lui prenne la main, qu’on la guide dans ses premiers pas en platform shoes : « Je me suis dit : pourquoi pas moi ? J’ai démarché des gens pour leur demander si je pouvais faire des scènes ouvertes. »
Son nom de scène s’est rapidement imposé. Le Malawi, c’est le petit pays d’Afrique de l’Est d’où est originaire sa maman. C’est une partie d’elle, ce métissage. Cette identité, cette intersectionnalité qu’elle porte en étendard, ne se manifeste pourtant pas tant que ça dans ses créations. C’est en elle, dans les valeurs et la culture que sa mère lui a inculquées :
« Quand on est une personne noire, il faut toujours prouver plus que les autres. Ma mère m’a toujours éduquée comme ça : ‘si tu veux quelque chose, il va falloir travailler dix fois plus que tes camarades’. Donc ça n’apparaît pas dans mon drag, mais ça fait partie de moi. »
« Enfin, on m’entend »
Lors de son passage dans Drag Race France saison 4, la timidité de Malawitte s’est affichée au grand jour. Si elle donne le change quand elle incarne son alter ego, le stress dans lequel se reconnaîtra immédiatement toute personne introvertie semble vouloir lui gâcher la fête. Elle dit même, dès le premier épisode : « Avant, je ne parlais pas ». Mais du coup, une question que l’on se pose forcément en la voyant performer comme une boss lady sur scène : comment fait-elle taire ses démons quand elle doit faire le show ?
« Quand je suis sur scène, je peux danser, je peux bouger, je peux créer des looks. La lumière est sur moi, et là, j’ai l’impression qu’enfin, on m’entend. Je n’ai plus besoin de dire un mot ».
Pour trouver sa voix, elle ne dit pas un mot. Elle laisse son art parler pour elle. « Ce que je présente au monde, ça raconte peut-être plus d’histoires que si je prenais le micro. »
Boss lady
La mode, c’est le cœur battant de son drag. Il faut dire que les deux milieux sont très perméables. Des designers comme Kevin Germanier, Iris Van Herpen, Thierry Mugler partagent avec les queens une forme de théâtralité, embrassent le spectaculaire. Malawitte s’imprègne de tout ça, tout le temps. Mais si une œuvre d’art pouvait résumer son drag ? « Alice au Pays des Merveilles, de Tim Burton ! ».
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C’est d’abord grâce à la mode qu’elle a connu son premier gros moment de gloire, lorsque Theodora avait repéré un de ses looks sur un TikTok où elle lipsyncait sur un de ses sons. Deux jours après, l’artiste la contacte pour porter sa création lors de la cérémonie des Flammes en 2025. Quelques temps après, rebelote, Theodora a à nouveau besoin de la fashion designa pour une pub Vinted.
And look at her now ! Elle organise désormais ses propres viewing parties de Drag Race France, la Fashion, devant un public conquis, on va bientôt la revoir à la finale dans un look inédit (made in Malawitte évidemment), puis elle fera le show dans toute la France pour la tournée. Et après ? « Il y a un monde où, un jour, Malawitte devient creative director dans la mode ». Elle rêve de faire comme son icône drag, RuPaul, de « bâtir un empire » et de ne jamais être là où on l’attend. D’ici là, on peut la voir dès ce soir, vendredi 17 juillet, à la viewing party de sa copine Sublyme, à Virage. Demain, direction celle de Kam Hugh, chez Mylène, puis les semaines suivantes à Lille, à Bordeaux… bref, Malawitte est en orbite !












