Cette année encore, il y en avait pour tous les goûts lors de la 8è édition du festival Canneséries, qui s’est tenu du 24 au 29 avril à Cannes. Il y a celles qui se battaient pour gagner le cœur des membres des différents jurys, et celles, hors compétition, qui tentaient de conquérir le public venu nombreux assister aux séances au Palais Lumière. En voici 5, venues d’Islande, des États-Unis, de Norvège ou de Belgique et qui, selon nous, sont sorties du lot.
À voir aussi sur Konbini
Reykjavik Fusion, de Hörður Rúnarsson & Birkir Blær Ingólfsson

© Síminn
Et si on vous disait qu’on a trouvé le croisement improbable entre Breaking Bad et The Bear ? C’est pourtant le pitch de Reyjavik Fusion, série islandaise qui mélange cuisine gastronomique et drame criminel. Ólafur Darri Ólafsson, vu dans la saison 2 de Severance et Les Animaux fantastiques, y campe avec brio un chef talentueux qui peine à reprendre le chemin des fourneaux après un séjour en prison injustifié.
En plus de cette dichotomie entre les genres, la série met également en parallèle la beauté presque irréelle des paysages islandais face à la froideur et l’urbanisme de la capitale, comme on ne l’a jamais vu. Ólafur Darri Ólafsson, qui est un excellent cuisinier de base, a pris des cours avec la légende locale, Viktor Örn Andrésson, histoire de sublimer ses gestes fermes mais délicats. On aime aussi l’histoire prenante et son analyse profonde sur un sujet contemporain mais rarement exploité sur le petit écran : la difficulté pour les repris de justice de se réinsérer dans le monde professionnel et reconstruire une vie sociale.
À voir prochainement sur Arte.
Dead End, de Malin-Sarah Gozin
Misophones et véganes, s’abstenir ! Cette série, c’est un peu l’enfant caché de Sherlock et iZombie mais en version flamande. Le héros de Dead End, c’est Bex, un homme qui a don… spécial. Il peut en effet connaître l’histoire de quelque chose — un être vivant ou mort, ou encore un objet — en le goûtant. Il a donc ouvert une entreprise, The Aftertaste, grâce à laquelle il retrace, sous forme de petit clip vidéo, les dernières heures d’un ou une défunte pour soulager la peine de ses proches en deuil.
Mais un jour, la police fait appel à lui pour l’aider dans une enquête pour meurtre. En dépit de son métier, il n’avait jamais côtoyé la mort d’aussi près… vraiment très près. On a adoré l’histoire de ce consultant pas comme les autres (un thème dont les séries raffolent) qui se distingue par sa bonhomie et sa vie tristement ordinaire malgré son don peu ragoûtant. Peter Van den Begin incarne son personnage avec une grande sensibilité et avec juste ce qu’il faut d’étrangeté.
À ce jour, Dead End n’a pas de diffuseur français, mais une adaptation anglo-saxonne pourrait voir le jour.
Duster, de J. J. Abrams et LaToya Morgan
Voilà une série qui devrait titiller les fans de Lost : 15 ans après la fin de la série culte, J. J. Abrams a refait appel à Josh Holloway, alias James Ford, aka Sawyer, pour une toute nouvelle histoire. Exit les disparus et l’île déserte mystérieuse, Duster nous emmène dans l’Amérique profonde des années 1970. Josh Holloway campe un fixer et un as de la conduite, qui bosse pour des cartels et transporte leurs cargaisons de drogue.
Jusqu’au jour où il est rattrapé par le FBI et n’a d’autre choix que de bosser avec une agente infiltrée pour éviter la prison. C’est alors le début d’un duo truculent entre Holloway et Rachel Hilson (Love, Victor), très clairement inspiré des binômes de flics comiques comme Starsky et Hutch. Avec son ambiance pulp, ses cascades rocambolesques et le sourire narquois mais sexy de Josh Holloway qui fait (si bien) du Sawyer, Duster s’impose comme une série ultra fun et décomplexée, et finalement plus proche d’Alias que de Lost pour les fans de l’œuvre de J. J. Abrams.
À voir dès le 16 mai sur Max.
Holy Shit!, de Mariano Vanhoof et Nore Maatala
Yasmine est une jeune femme pétillante, passionnée par son métier de prof et qui crushe sur son psy. Jusqu’ici, rien de bien extraordinaire. Sauf qu’elle est aussi atteinte du syndrome de Gilles de La Tourette, un trouble neurologique qui provoque des tics moteurs et verbaux incontrôlés. Pas facile, dès lors, de mener une vie normale.
Voilà un sujet pas évident tant il peut vite basculer soit dans le misérabilisme, soit dans la moquerie la plus crasse. Mais cette série belge flamande ne serait pas ici si elle remplissait ne serait-ce qu’un de ces deux critères. L’actrice Mona Mina Leon est une véritable découverte de ce festival et son interprétation de Yasmine, en pleine crise d’identité, marche aussi bien sur le fil (fragile) de l’humour que sur celui de la sensibilité. Cette douce comédie ne franchit jamais le seuil du mauvais goût ni du pathos, et nous régale avec ce portrait de femme diablement attachante.
À ce jour, la série n’a pas de diffuseur français.
A Better Man, de Thomas Seeberg Torjussen

© NRK
La grande gagnante de cette 8è édition de Canneséries, c’est elle : Meilleure série, Meilleure interprétation pour Anders Baasmo Christiansen, et Prix des lycéens, ce drama norvégien et lituanien a secoué tout le monde. Tristement d’actualité, elle aurait pu très aisément basculer dans le ridicule ou l’apitoiement, mais parvient au contraire à élever le débat avec grâce et sensibilité. Rarement une série n’aura abordé les thématiques de la détresse émotionnelle des hommes, du poison qu’est leur colère face aux femmes, et de l’empathie que peut susciter un changement de perspective sur la question.
On y suit Tom, un homme qui accuse le féminisme de tous les maux de la société moderne, et en particulier les siens. Solitaire, s’occupant de sa mère hospitalisée, il passe son temps à harceler des femmes en ligne. Un jour, il laisse une menace de viol en commentaire à une humoriste qui avait raconté, dans un édito, avoir subi une agression sexuelle. Cette dernière l’affiche à la télévision, du moins son pseudo, pour illustrer ce qu’elle subit. En quelques heures, des hackers découvre qui il est et Tom est alors forcé de changer d’identité. Il se fait passer pour mort et se travestit en femme. Mais alors qu’il croyait ainsi échapper au lynchage public, c’est une autre forme de cauchemar qui commence. Perçu comme une femme transgenre, il découvre la prédation des hommes et la sororité des femmes.
Série d’utilité publique, on espère qu’elle sera bientôt diffusée en France.
Article rédigé par Adrien Delage et Delphine Rivet.












