Est-ce que quelqu’un peut prévenir Tyler que c’est un des plus gros artistes au monde ?
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C’est qu’en voyant la manière dont il mène sa barque, on pourrait se dire qu’il n’a pas reçu le mémo. Le californien a coupé le souffle de tout le monde en annoncant, puis sortant dans la foulée un nouvel album, quelques mois seulement après le précédent.
SURPRIIIIISE !!
Il y a quelques jours, dans la nuit du 19 juillet, les fans new-yorkais de Tyler Okonma se rendaient au Barclay Center pour la deuxième soirée de son CHROMAKOPIA TOUR. Des mois que ça dure, des dizaines de concerts à travers le monde, rien de plus normal.
Et puis, après les quelques deux heures de show que le rappeur tient à lui seul – et qui avaient d’ailleurs retourné l’Accor Arena il y a quelques mois – dans le hall de la salle, à la sortie, une petite surprise les attendaient.
Cette statue, enfermée dans un cube de verre, qui représente l’artiste de manière cartoonesque et difforme avec une silhouette qui semble tout droit sortie de Popeye, sera le visage d’un nouvel album : DON’T TAP THE GLASS.
Comble de la malice, l’album était déjà sous leurs yeux lors du concert, discrètement caché parmi les autres dans le bac de vinyles que l’artiste parcourt à chaque date devant la foule.
« Ah et, au fait, ça sort dans deux jours, le 21 juillet. »
Pas le temps d’attendre.
On a l’habitude avec Tyler, ses “roll-outs” – à savoir la période qui précède la sortie d’un album pour faire monter la sauce – ne durent jamais très (pour ne pas dire trop) longtemps.
CHROMAKOPIA, le dernier en date, avait eu droit à une sortie une dizaine de jours à peine après les premiers éléments qui en plantaient le décor, pareil pour CALL ME IF YOU GET LOST quelques années plus tôt.
Il n’empêche que deux dodos, c’est court pour se préparer à un nouvel album. Mais ce sera comme ça, car Tyler l’a voulu.
C’est ce à quoi renvoie ma question initiale : là où les artistes de son galon se prennent parfois les pieds dans le tapis avec des périodes de teasing interminables, petit coucou à son copain ASAP Rocky dont on attend toujours Don’t Be Dumb ou à Carti qui a sorti I AM MUSIC dans les arrêts de jeu de la légalité, Tyler semble toujours faire comme bon lui semble et gère sa carrière comme un rookie qui drop une mixtape du jour au lendemain.
Encore un exemple de sa démarche depuis ses débuts, celle d’un control freak qui semble avoir un œil sur tous les aspects de sa proposition.
En plus de la casquette de producteur qui s’ajoute à celle d’interprète, une vision globale a toujours entouré l’imagerie, la promotion, les annonces, les prises de parole, bref tout ce qui entoure sa musique. Les règles n’existent pas pour lui. Tout le monde drop le vendredi ? “Nan, le lundi c’est plus sympa, les gens pourront en profiter pendant leur semaine”.
@nssmagazine In just four days, Tyler, the Creator will release his new studio album CHROMAKOPIA. Unlike most of the music industry, he’ll be dropping it on a Monday, breaking the usual release pattern. Check out his 2023 interview with Nardwuar. #friday #music #musictok #tylerthecreator #tyler #chromakopia #studioalbum #album #nardwuar #interview ♬ suono originale - nss magazine
D’ailleurs, le coup de l’indice avant même que le public ne se doute de l’arrivée d’un nouveau projet commence vraiment à être son jeu préféré.
Le clip de SORRY NOT SORRY, sur la version deluxe de CMIYGL, comportait déjà un cameo de St Chroma, le perso principal de CHROMAKOPIA, deux ans avant sa sortie. CALL ME était aussi déjà dans les tuyaux au moment des Grammy’s post-IGOR, Tyler y arrivant avec une valise caractéristique de l’esthétique du projet, dont l’étiquette portait le nom de l’album.

© Steve Granitz
Il se joue de nous, et il adore ça. Je peux d’ici l’entendre ricaner en lisant toutes les théories qui vont fuser à mesure qu’il dissémine des indices.
« NE TOUCHE PAS LA VITRE »
Dans un court texte qui accompagne la sortie de l’album, il nous en dit plus sur ce qui se cache derrière le titre aux allures autoritaires du projet, qui nous intime de ne pas toucher à cette fameuse vitre.
Il y mentionne une certaine forme de honte à l’idée de danser en public, naissant à une heure où tout le monde a dans sa poche une machine à filmer, à diffuser et à “memifier” n’importe quelle situation, n’importe où, à n’importe quel moment.
La recommandation de ne pas tapoter la vitre, c’est celle de s’écarter au moins un moment, de nos meilleurs (ou pires) amis au quotidien : nos téléphones. Une déclaration qui peut paraître assez bateau en ce moment à l’heure ou tant invoquent la déconnexion sur ces mêmes plateformes qu’ils érigent en némésis, mais qui dans le contexte d’un concert prend tout son sens.
Mais bon, comme rien n’est jamais facile avec Tyler, il ajoutera quelques heures plus tard en story : « Le truc du téléphone, ce n’est pas ce que « don’t tap the glass » veut dire ».
Dans la formule, surtout en la mettant à côté des lyrics du morceau « Don’t Tap That Glass » qui mentionnent un monstre à l’intérieur (« there’s a monster in it »), la formule pourrait se référer à Tyler lui-même dont la statue qui présentait le projet était enfermé dans un aquarium. On pourrait alors voir la formule dans les deux sens : « je déborde tellement d’énergie, ne me laissez pas sortir ». Ou bien une invitation à laisser l’artiste seul maître de son oeuvre, sans chercher à s’y immiscer.
Comme il le dit si bien lui-même : “Cet album est fait pour ne pas rester immobile, il est fait pour conduire, pour danser, pour courir, pour bouger en général”. De la même manière, l’événement de lancement du projet était titré “Ne venez pas si vous ne comptez pas danser, 5$”.
Comme souvent avec Tyler, rien n’est limpide, et ce sera un plaisir de voir les fans passer les prochains mois à théoriser sur les forums.
« Body movement. No sitting still. »
Alors que le personnage de la cover reprend la dégaine de LL COOL J, laissant entendre un projet plus rap, l’ambiance générale est plus dansante que jamais avec des morceaux qui transpirent la ride en voiture par une chaude nuit d’été. Tyler ne manque également jamais de rappeler que sous l’étiquette du weirdo, il peut croiser le fer avec à peu près n’importe qui, en découpant sur « Big Poe » ou « Stop Playing With Me« .
Le pari est réussi, le rythme y est frénétique et on y retrouve les aspérités d’un IGOR dont les synthés et les voix crades et saturées résonnent encore, cette fois-ci dans une itération surboostée. En tout cas la première moitié, l’album oscillant entre énergie pure, presque brutale, et des vrais moments dance qui respirent les influences rnb 90/2000s.
DTTG a été conçu pour être écouté au “volume maximum”, et que vous le fassiez ou non, tout a déjà l’air d’être craché avec peine par des haut-parleurs déjà au bout du rouleau. Les productions vous balancent 1000 informations à la seconde, la seule réaction possible devient alors de bouger la tête à s’en faire mal au cou en tapant frénétiquement du pied. Que ce soit avec des morceaux ego trip qui donnent envie de tout casser, ou des grooves qui vont jusqu’à dégainer la talkbox comme sur « Sucka Free« , l’album ne vous permettra jamais de rester immobile.
Vous ne voulez pas danser ? Tyler va vous y forcer.
Le contexte de sortie ne peut pas être décorrélé de la sortie de cet album. Quand est-ce qu’il a trouvé le temps ?
Un mini-documentaire montrait il y a quelques mois la fabrication du précédent opus, CHROMAKOPIA, un processus majoritairement solitaire et introspectif, pour un album conçu en majorité directement à domicile par Tyler. En résultait un de ses projets les plus personnels, la plongée la plus profonde dans l’esprit et le passé du rappeur.
DTTG a l’air de se situer à l’opposé de l’échiquier. De ville en ville, de studio en studio, entre deux vols ou deux tour bus, mais d’où sort cet album ?
Le processus de création pourrait expliquer en partie son allure : les structures y sont abruptes et décousues, toujours surprenantes pour un résultat globalement très « raw » car conçu toujours en mouvement, le tout avec comme leitmotiv de connecter les gens par la danse après des mois de contact avec public soir après soir lors de sa tournée.
L’introspection de CHROMAKOPIA – pourtant contre-indiquée par le masque de son protagoniste qui en camouflait les rictus – aura accompagné notre hiver, et DON’T TAP THE GLASS sera la bande-son d’un été à 100 à l’heure qui nous fera (peut-être) oublier nos téléphones.












