The Girl Who Stole Time / Endless Journey of Love d’Ao Yu et Tienan Zhou (Chine)
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Le cinéma d’animation chinois est en pleine effervescence depuis un moment, et 2025 semble clairement être l’année de son avènement définitif comme en témoigne le succès historique de Ne Zha 2, le plus gros carton au box-office mondial cette année avec plus de 2 milliards de dollars de recettes… sur le seul sol chinois ! Forcément, avec un marché local aussi juteux, les productions se bousculent et la sélection d’Annecy en a mis deux en avant, qui avaient en plus le bon goût d’être intéressantes à plus d’un titre.
La première est donc The Girl Who Stole Time, aussi connue sous le titre Endless Journey of Love, dans lequel un artefact magique permettant de contrôler le temps se retrouve dans les mains d’une jeune femme découvrant tout juste la vie citadine après avoir grandi sur une petite île de pêcheurs. Soudain, reliée à ce drôle de médaillon, l’héroïne va rencontrer un espion en quête de l’objet, et notre duo va se retrouver embarqué dans une grande aventure autour de l’amour et du temps, accompagné par un aspirant réalisateur et pourchassé par des yakuzas.
Avec une animation en 3D fourmillant de détails et une réalisation survitaminée qui multiplie les effets de style, malmène le temps en permanence et enchaîne les péripéties à un rythme diabolique, The Girl Who Stole Time impressionne par son ambition formelle et narrative, le film se rêvant en grande fresque romantique et fantastique qui utilise le genre pour mieux servir l’émotion.
Le film tourne autour des pouvoirs du personnage principal pour questionner notre rapport au temps, aux souvenirs et aux autres, jouant du langage cinématographique comme d’un moyen presque magique pour figer un instant dans l’éternité. L’opulence de sa narration, qui termine quelque peu par nous perdre sous une avalanche de twists, et son rythme infernal, finissent par quelque peu nous assommer en cours de route, mais difficile de ne pas être impressionné par le nombre d’idées et l’envie de cinéma folle qui découle d’un film qui vogue entre les genres avec joie et passion. (Jean-Victor Houët)
Je suis Frankelda de Rodolfo et Arturo Ambriz (Mexique)

© Cinema Fantasma
Dans nos cœurs cette année, le Cristal de la mignonnerie passée par Annecy revient à Je suis Frankelda. Cette production mexicaine entièrement animée en stop motion est tout simplement le premier film en animation en volume de l’histoire du Mexique. Évidemment, les réalisateurs Rodolfo et Arturo Ambriz, jeunes et si talentueux, ont pu compter sur la présence de Guillermo del Toro dans les coulisses, qui tente par tous les moyens de porter ce projet hors norme au-delà des frontières d’Amérique latine, malgré ses imperfections narratives et son envie de trop en faire qui rend Je suis Frankelda un poil surchargé visuellement.
On y suit la jeune Frankelda dans le Mexique du XIXe siècle, forcée à coudre des chaussettes par sa marâtre rigide et sévère, alors qu’elle rêve de devenir écrivaine. Dans son petit carnet, elle s’invente un monde de rêves et de cauchemars où vit un prince tourmenté dont elle est amoureuse. À la manière des Aventures d’Alice au pays des merveilles, Frankelda finit par basculer dans le trou du lapin blanc et d’atterrir dans le royaume de fiction qu’elle a créé.
S’ensuit une aventure aussi enchanteresse que mélancolique, à la croisée de Tim Burton (on pense forcément aux Noces funèbres et L’Étrange Noël de monsieur Jack), du Labyrinthe de Pan et même des jeux vidéo dark fantasy de FromSoftware, avec ses environnements gothiques, médiévaux et inquiétants. Le travail minutieux du studio Cinema Fantasma est bluffant, et surtout particulièrement généreux visuellement, malgré les limites de la stop motion : des séquences de comédie musicale survitaminée, un bestiaire à en faire pâlir Aardman Animations, et une envie de cinéma à la sincérité et l’émotion contagieuses, qui nous donne juste envie d’acclamer ce genre d’OVNI de l’animation. (Adrien Delage)
Lesbian Space Princess d’Emma Hough Hobbs et Leela Varghese (Australie)
Changement d’ambiance pour un autre coup de cœur du festival, dont le titre on-ne-peut-plus explicite donne le ton : Lesbian Space Princess ! L’histoire d’une jeune ado lesbienne élevée dans le cocon de sa famille royale spatiale et qui n’est jamais sortie de son château, jusqu’au jour où sa nouvelle copine punk se fait kidnapper à l’autre bout de la galaxie, poussant notre princesse queer à repousser toutes ses limites pour essayer de la sauver.
Et elle va embarquer dans un road trip cosmique des plus délirants, devant quitter la capitale de Clitopolis au beau milieu d’un “Gay Space” rose bonbon et ultra safe pour s’aventurer dans les coins les plus reculés et obscurs de l’univers, l’occasion pour les réalisatrices Emma Hough Hobbs et Leela Varghese, en couple dans la vie, de s’en donner à cœur joie dans une comédie foldingue qui s’apparente à un exutoire queer franchement jubilatoire.
On y croise, entre autres, un vaisseau spatial piloté par une intelligence artificielle réactionnaire, des références populaires déglinguées sans détour (il se pourrait que La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche prenne une balle perdue au passage…) ou encore des « Straight White Maliens » en guise de grands méchants, à savoir des hommes blancs hétéros frustrés qui prennent la forme de grandes pages blanches, et qui sont un défouloir parfait envers le patriarcat et les standards masculins de la société.
Un grand moment de n’importe quoi orchestré par une équipe minuscule, puisque l’animation et les décors ont été faits avec tout juste six personnes dans le sud de l’Australie, pour un résultat ultra coloré et chatoyant, qui sonne comme la version queer et bon enfant de Rick et Morty.
En tout cas, la salle était hilare devant le résultat, et on a hâte de voir comment Lesbian Space Princess sera exploité, avec le potentiel de devenir un film culte tant la justesse de son humour et les myriades d’idées qui en découlent font du bien. Comme dirait le public après le film : « vive les lesbiennes » ! (J-V. H.)
Couic! de Genndy Tartakovsky (États-Unis)

© Netflix
Genndy Tartakovsky, l’artiste qui a bercé les Millenials à l’époque des matinées qui commençaient par un bol de céréales et des dessins animés à la télévision, est toujours dans le coup. Même s’il lui a fallu deux ans pour finalement trouver un diffuseur, Couic! tient toutes ses promesses. Dans le film, on fait la rencontre de Bull, un chien en rut comme le reste de ses congénères, qui décide de vivre une dernière journée pleine de liberté et d’insouciance lorsqu’il apprend que ses maîtres veulent le castrer.
De ce pitch aussi absurde qu’hilarant, Tartakovsky en tire le meilleur de son cinéma : les vannes cartoonesques à la Tex Avery, des scènes d’action qui partent à toute vitesse, une pincée d’horreur et une moralité simple mais pas simpliste, sur l’acceptation de soi et la peur du regard des autres. Mais surtout, qu’est-ce qu’on rigole devant les péripéties complètement déjantées de Bull, obsédé par ses testicules et le besoin de les vider, quitte à forniquer avec une grand-mère, une lampe de chevet ou n’importe quel ustensile capable de lui apporter du plaisir.
Petit disclaimer toutefois, Couic! n’est pas à mettre devant tous les publics. C’est un film d’animation pour adultes à l’humour grotesque et gras, voire très gras, mais jamais au dépens de ses personnages charismatiques, de son inventivité à toute épreuve et de sa capacité remarquable à mixer tradition du dessin en 2D et modernité du rythme haletant. Du Tartakovsky pur jus, qui vous ramènera forcément à la grande époque du Laboratoire de Dexter et de Samouraï Jack, avec quelques rides (et sûrement quelques érections incontrôlées) en plus. (A.D.)
Into the Mortal World de Ding Zhong (Chine)
L’autre film chinois sélectionné cette année à Annecy pouvait sembler plus classique en apparence, puisque Into the Mortal World s’inscrit dans la tradition des récits folkloriques et mythologiques portés au cinéma comme il y en a tant en ce moment, dans la droite lignée du travail du studio Light Chaser Animation (White Snake, La Guerre des Dieux…), ou évidemment Ne Zha.
Ici, on retrouve un immortel dont la réputation a été entachée suite à la trahison passée de sa mère vis-à-vis du monde divin dans lequel ils évoluent. Pour racheter son honneur, le guerrier va descendre sur Terre pour chasser et capturer 28 créatures fantastiques qui ont été relâchées par erreur, avant de croiser sur son chemin une femme persuadée d’appartenir au panthéon des dieux.
Ce duo improbable va donc partir en chasse, dans un grand film d’aventure absolument époustouflant, qui parvient déjà à faire exister ses personnages avec un soin particulier apporté à l’écriture, le long-métrage prenant le temps de bien poser ses enjeux, de dessiner les intentions de chacun et de nourrir leur relation, sous fond de drame familial, de remords, de quête de pouvoir et de complots divins.
N’hésitant pas à pointer les faiblesses des dieux, le film trouve un équilibre bluffant entre toutes ses strates narratives et ses personnages, parvenant tout d’abord à être extrêmement fluide et accessible à quiconque, ce qui n’est pas une mince affaire devant l’étendue de son univers et la taille de ses enjeux, dans un genre qui a la fâcheuse tendance d’être un peu trop copieux habituellement.
Dans son sillage, il parvient d’ailleurs à jouer avec les tonalités, offrant par exemple une scène très drôle dans un restaurant où les animateurs n’ont pas pu s’empêcher de montrer la gastronomie locale sous toutes ses coutures (un point que l’on retrouve aussi dans The Girl Who Stole Time), pour mieux la faire découvrir au héros immortel qui considère ça comme une habitude d’humain dérisoire avant de goûter et de se passionner pour tout ses fins mets !
Dans un autre temps, le film n’hésite pas à changer de style graphique le temps d’un montage permettant d’accélérer le récit, ou dans un grand moment de révélation dramatique crayonnée, et le tout culmine dans un climax tout bonnement dingue où le ciel se déchire littéralement pour être le théâtre d’un affrontement titanesque, où les personnages virevoltent dans tous les sens, s’envoyant dans la tronche des créatures mythologiques, des tornades d’éclairs et des coups de poings survitaminés.
Amateurs de Dragon Ball, vous allez vous éclater devant ce véritable festival de visions dantesques toutes plus lisibles et spectaculaires les unes que les autres, la caméra virevoltant dans tout ce bazar avec une fluidité stupéfiante et un dynamisme qu’on ne trouve en ce moment que dans le cinéma asiatique, aussi bien chez Tsui Hark en Chine que chez S.S Rajamouli en Inde, écrasant à plate couture la concurrence américaine et allant même la chercher sur le terrain du film de super-héros, avec un sérieux dans l’écriture et les enjeux qui lui redonnent ici ses lettres de noblesse.
Bref, un très très grand spectacle, qui aligne les plans somptueux et les hallucinations visuelles, et qui offre à coup sûr des scènes d’action parmi les plus excitantes et mémorables qu’on ait vu depuis très longtemps.
All You Need Is Kill de Kenichiro Akimoto (Japon)
Avis aux fans d’Edge of Tomorrow : si vous l’ignoriez, le film d’action et de science-fiction porté par Tom Cruise et Emily Blunt est à la base librement inspiré d’un manga culte, All You Need Is Kill d’Hiroshi Sakurazaka et Yoshitoshi ABe. Dans cette nouvelle adaptation, le réalisateur Kenichiro Akimoto (Berserk : L’Âge d’or) propose une version beaucoup plus proche de l’originale, moins musclée que le film live action de Doug Liman, mais aussi résolument plus féminine et poétique.
All You Need Is Kill raconte l’histoire d’une invasion extra-terrestre par Darol, une entité énigmatique et insondable, qui prend la forme d’un arbre géant et répand ses racines inlassablement comme une forêt à la densité exponentielle. Pour lutter contre son expansion destructrice, l’armée et des humains volontaires tentent chaque jour de couper ses nouvelles branches. Mais pile un an après son arrivée, Darol relâche des créatures aussi dangereuses que terrifiantes, qui massacrent tous les ouvriers et s’apprêtent à prendre le contrôle de la Terre. Enfin, tous sauf la jeune Rita, qui revit le même jour en boucle jusqu’à sa mort et va tenter de comprendre comment stopper ce cycle infernal et mettre un terme à la menace que Darol et ses sbires représentent.
Pour le reste, les fans d’Edge of Tomorrow connaissent le topo : après plusieurs journées similaires et autant de tentatives ratées, Rita va découvrir qu’elle n’est pas la seule humaine capable de remonter dans le temps. Sauf que le cinéaste japonais inverse le rapport de force entre les protagonistes du light novel, pour offrir un point de vue rafraîchissant, même si les twists sont assez prévisibles quand on connaît l’histoire d’origine. All You Need Is Kill reste malgré tout une adaptation très divertissante, mettant en scène des personnages attachants, avec quelques scènes de combat fulgurantes et un joli message en toile de fond, sous la forme d’une fable écologique (presque) optimiste. (A.D.)












