Le quartier du Castro, à San Francisco : berceau des luttes LGBTQ+ qui mêle joie de vivre et militantisme

Le quartier du Castro, à San Francisco : berceau des luttes LGBTQ+ qui mêle joie de vivre et militantisme

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Par Delphine Rivet

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Une plongée dans ce quartier aux couleurs de l’arc-en-ciel qui a façonné l’histoire et la culture queer.

Ancien sanctuaire où il fallait vivre caché·e, le Castro est devenu, au fil d’un siècle marqué par le combat de figures comme Harvey Milk ou les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, le cœur, toujours palpitant, de San Francisco, en Californie. Entouré de Mission, le vibrant quartier latino où le street art est roi, des Twin Peaks (aucun lien avec David Lynch, ce sont deux collines qui surplombent toute la baie), ou encore de Haight-Ashbury, fief de la culture hippie, le Castro tient une position centrale dans la ville.

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On y vient en métro, en tramway, en bus, en voiture autonome, voire dans l’un des traditionnels « cable cars » qui vous déposeront quelques rues plus loin. Et dès l’arrivée sur Castro Street, sa rue principale, aucune erreur possible : les couleurs de l’arc-en-ciel sont partout, des drapeaux flottant au vent jusqu’aux passages piétons, en passant par les vitrines bariolées. Bienvenue dans le plus ancien quartier LGBTQIA des États-Unis (et l’un des premiers au monde) !

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée a renvoyé les militaires homosexuels (ou suspectés de l’être) qui étaient basés sur la côte Pacifique. Beaucoup se sont réfugiés à San Francisco, dans les années 40, où ils ont fondé une petite communauté soudée. C’est dans les années 60 et son « Summer of Love » que le quartier a connu un afflux de personnes queer, rassurées par la proximité des paisibles hippies voisins de Haight-Ashbury. 

L’homme qui a tout changé

Mais c’est un homme politique ouvertement homosexuel qui va changer à jamais l’histoire du quartier, mais aussi et surtout de la communauté LGBTQIA. Aujourd’hui encore, son empreinte est partout. Harvey Milk, ancien enseignant et vétéran de la guerre du Vietnam, s’installe au Castro en 1972 avec son compagnon. Il ouvre une boutique de photographie qui devient rapidement un lieu de rencontre communautaire et un foyer d’activisme local. Charismatique et profondément engagé, il comprend vite que la visibilité est une arme politique.

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Après plusieurs candidatures infructueuses mais néanmoins remarquées, il est élu en 1977 au Conseil municipal de San Francisco, devenant ainsi l’un des premiers hommes ouvertement homosexuels à accéder à une fonction politique majeure aux États-Unis. Son élection représente un tournant historique, non seulement pour le Castro, mais pour toute une génération d’hommes et de femmes LGBTQ+ qui, jusque-là, vivaient dans l’ombre.

Durant son mandat, il se bat avec passion pour les droits civiques, l’égalité au travail, la protection des minorités et la reconnaissance des couples de même sexe. Il joue un rôle clé dans l’adoption d’une ordonnance antidiscrimination historique à San Francisco. Mais le 27 novembre 1978, à peine un an après son élection, Harvey Milk est assassiné à l’hôtel de ville de San Francisco. Son meurtre provoque une onde de choc dans tout le pays. Des dizaines de milliers de personnes marchent en silence dans les rues de San Francisco lors d’une veillée en sa mémoire, faisant du Castro un lieu de deuil collectif mais aussi de renaissance militante.

Sa mémoire est, encore aujourd’hui, toujours commémorée dans la ville : son ancienne boutique est devenue un site historique, des écoles et des places portent son nom, et il a été, en 2009, le premier homme ouvertement gay à recevoir la Médaille présidentielle de la liberté, à titre posthume. Son héritage demeure profondément ancré dans l’ADN du Castro, où son appel à « sortir du placard » (« come out ») continue d’inspirer les générations suivantes. 

Le drapeau arc-en-ciel : une bannière née à San Francisco

Symbole universel de la fierté LGBTQ+, le drapeau arc-en-ciel est intimement lié à l’histoire du Castro et de San Francisco. Il a été conçu en 1978 par Gilbert Baker, un artiste, militant gay et drag queen. Commandé pour la Gay Freedom Day Parade, l’ancêtre de la Pride, le drapeau devait incarner la diversité, la beauté et l’espoir de la communauté.

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La version originale comptait huit couleurs, chacune ayant une signification particulière : le rose pour le sexe, le rouge pour la vie, l’orange pour la guérison, le jaune pour le soleil, le vert pour la nature, le turquoise pour la magie/l’art, l’indigo pour la sérénité et le violet pour l’esprit. Au fil des ans, des ajustements pratiques — notamment liés à la disponibilité des tissus — ont conduit à la version à six bandes que l’on connaît aujourd’hui. Depuis sa première apparition, le drapeau n’a cessé de flotter fièrement dans le Castro, notamment sur la Harvey Milk Plaza, rappelant que l’identité queer est à la fois résistance et célébration.

L’activisme en habits de nonnes

En 1979, un an après l’assassinat de Harvey Milk, un petit groupe d’hommes gays défile dans les rues du Castro vêtus d’habits de nonnes. Nées dans le tumulte créatif et revendicatif de San Francisco, les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, entre performance artistique drag, satire religieuse et action militante, vont lancer un véritable mouvement international d’activistes queer.

Depuis des décennies, elles mènent de front un travail d’éducation sexuelle, de prévention contre le VIH, de soutien aux sans-abri et aux marginalisé·e·s. Aujourd’hui encore, elles incarnent un militantisme joyeux, irrévérencieux et profondément engagé — reflet parfait de l’âme du Castro. Leur congrégation a fait des émules et on peut même croiser certaines des sœurs lors de la Pride parisienne ou durant des manifestations féministes.

Lieu de fête et de mémoire

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Aujourd’hui, le Castro rayonne d’une énergie unique. Ses rues arborent fièrement les couleurs du drapeau arc-en-ciel, ses passages piétons sont peints aux couleurs de la fierté, et les vitrines des commerces affichent des messages d’inclusivité. Le quartier vibre au rythme de la fête, du cinéma, des cafés queer-friendly et des bars iconiques comme le Twin Peaks Tavern, premier bar à avoir installé de grandes fenêtres, brisant le tabou de la visibilité homosexuelle.

Mais derrière la légèreté apparente se cache une mémoire toujours vive. Le GLBT Historical Society Museum, l’un des rares musées LGBTQ+ au monde, conserve les traces des luttes passées, des archives de Harvey Milk aux combats contre le sida dans les années 1980 et 1990. Les noms gravés sur le San Francisco AIDS Memorial Grove rappellent les milliers de vies fauchées. Le Pink Triangle Memorial, un « parc de poche », est là pour nous rappeler que les personnes queer ont elles aussi été victimes des persécutions nazies.

Un héritage qui perdure

Aujourd’hui, les voix qui s’élèvent parlent aussi de justice raciale, de droits des personnes transgenres, de lutte contre les violences policières et les inégalités sociales. Le quartier s’adapte aux défis contemporains, mais reste un lieu où l’on vit fièrement son identité, en célébrant la différence comme une richesse.

Mais ces dernières années, le Castro lutte pour garder son identité tandis que des lieux emblématiques de la culture queer ferment et que la population est en pleine mutation. Les salarié·e·s de la Silicon Valley investissent de plus en plus dans le quartier, le gentrifient, et les prix de l’immobilier montent en flèche (c’est l’un des endroits les plus chers de San Francisco), ce qui a pour effet de chasser sa population historique poussée vers la périphérie de la ville. 

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Depuis le second mandat de Donald Trump, les attaques envers la communauté queer se font plus vives, plus décomplexées. Le Pentagon envisage, par exemple, de retirer le nom de Harvey Milk, pourtant vétéran des marines, d’un navire militaire. Aussi, quand la Harvey Milk Civil Rights Academy est menacée de fermeture, les familles san-franciscaines se mobilisent en masse pour sauver cette école élémentaire et la mémoire du militant.

Le Castro n’est pas un musée figé, c’est un espace en perpétuelle évolution et toujours prêt à sortir les pancartes. Il incarne un militantisme vivant, joyeux, profondément humain. Il nous rappelle que la lutte pour les droits LGBTQ+ n’est pas finie, mais qu’elle peut — et doit — être empreinte de beauté, de pugnacité et d’espoir. Si vous êtes de passage à San Francisco, ce quartier est un lieu incontournable pour célébrer, pour apprendre et pour s’émerveiller !

Article réalisé dans le cadre d’un voyage de presse organisé par l’office de tourisme de San Francisco.