Une foule réunie comme le ferait un réalisateur de cinéma pour reconstituer les rassemblements historiques de Vancouver au XXe siècle, les émeutes de 1971 à Gastown, à Vancouver, rejouées dans un décor factice, une série d’images dans laquelle le photographe devient un photojournaliste fictif qui immortalise l’Amérique du siècle dernier façon film noir… Artiste contemporain et artisan du regard, Stan Douglas n’a eu de cesse, tout au long de sa carrière, depuis plus de trente ans, d’interroger notre perception du réel et la construction de la mémoire.
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Ses images soigneusement composées sont à retrouver au Jeu de Paume, à Paris, depuis le 20 octobre 2026 et jusqu’au 10 janvier 2027, dans l’exposition Parallax, qui s’avère être la plus grande monographie consacrée à l’artiste en France. On en profite pour revenir sur la carrière d’un artiste prolifique qui aime à remodeler l’Histoire.
Il a été… DJ
Avant d’être un artiste majeur de la scène contemporaine, Stan Douglas faisait partie des visages de la vie nocturne de Vancouver : pendant deux ans, peu après ses études, il a bossé dans un club underground qui s’appelait Faces. L’anecdote a de quoi faire sourire quand on sait que l’artiste, qui travaille autour de différents médias – photographie, théâtre, cinéma –, a pour habitude de créer autour d’un événement historique avant d’en remixer les détails pour offrir des points de vue alternatifs, jusque-là restés dans l’angle mort. Au média canadien CBC, il détaille : « L’art peut faire deux choses : il peut vous faire vivre une expérience que vous ne pourriez vivre d’aucune autre manière… ou il peut vous montrer quelque chose que vous connaissez déjà sous un angle auquel vous n’aviez jamais pensé. Et cette possibilité de voir les choses différemment et de prendre conscience qu’il existe une alternative au statu quo actuel est sans doute ce qu’il y a de plus précieux qu’il puisse offrir. »

© Stan Douglas. Courtesy of the artist, Victoria Miro, and David Zwirner
Son installation Birth of a Nation (2025) révise le film raciste de D.W. Griffith
C’est l’une de ses pièces les plus récentes, présentée pour la première fois en France. Avec Birth of a Nation, Stan Douglas s’empare du film de D.W. Griffith de 1915, aussi considéré comme l’un des premiers blockbusters d’Hollywood, et dont les stéréotypes racistes avaient infusé au point de redonner un second souffle au Ku Klux Klan. Stan Douglas, lui, réécrit l’histoire cinématographique et recompose les fragments du film, dans l’idée de redonner une place à celles et ceux qui ont été exclus ou effacés du récit.
La musique joue un rôle majeur dans son œuvre
Dans son œuvre Luanda-Kinshasa (2013), Stan Douglas met en scène une séance d’enregistrement plantée dans les années 70 dans l’idée de mettre au jour les collaborations transatlantiques qui menèrent à la création de nouveaux styles musicaux. Dans ISDN (2022), c’est un dialogue, là encore fictif, entre des rappeurs de Londres et des rappeurs du Caire qui croise le Printemps arabe aux émeutes au Royaume-Uni suite à l’assassinat de Mark Duggan par des policiers. Fil qui sous-tend sa création, la musique est pour Stan Douglas un autre moyen d’aborder les questions au cœur de son œuvre : la race, la classe, les inégalités, les mouvements sociaux.

© Stan Douglas. Courtesy of the artist, Victoria Miro, and David Zwirner
L’une de ses pièces phares s’inspire de Suspiria de Dario Argento
Et c’est loin d’être le seul fil tendu entre le cinéma et son œuvre. En 2002-2003, Stan Douglas dévoile Suspiria, une installation vidéo commandée par la Documenta11 à Cassel, en Allemagne. Inspiré du style visuel de Dario Argento sur son film de 1977, mais également des contes des frères Grimm et de la gloire passée du Technicolor, Suspiria plante son décor dans la statue d’Hercule de Cassel, tour octogonale construite au XVIIIe siècle.
En résulte une installation complexe utilisant les images de 13 caméras de vidéosurveillance dans les couloirs du monument, et une ambiance étrangement inquiétante. Stan Douglas a aussi travaillé à partir d’autres films bien célèbres du septième art, dont Marnie de Hitchcock et Voyage au pays de la peur d’Orson Welles.
En images, Stan Douglas fait surgir ce qui a disparu
Les séries photographiques de l’artiste Crowds and Riots (2008), Midcentury Studio (2010-2011), Nocturnes (2014-2015), DCTs (2016-2017) ou encore 2001 ≠ 1848 (2017-2021) ont un point commun, comme le détaille le Jeu de Paume : « créer des images impossibles : portraits de lieux disparus, instants uniques impossibles à reproduire, ou scènes historiques effacées des archives officielles, recréées avec précision. » Stan Douglas s’appuie sur les archives pour en faire surgir les manquements, les oublis, ce qui n’est plus et, à nouveau, remixer l’histoire avec un grand H.

© Stan Douglas. Courtesy of the artist, Victoria Miro, and David Zwirner

L’exposition « Parallax » de Stan Douglas est à découvrir au Jeu de Paume, à Paris, jusqu’au 10 janvier 2027.
Konbini, partenaire du Jeu de Paume.












