Au cours du Festival de Cannes, Konbini vous fait part de ses coups de cœur ou revient sur les plus gros événements de la sélection.
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Eddington, c’est quoi ?
On a longtemps réduit Ari Aster à un grand nom de l’horreur moderne. Il faut dire qu’avec son court-métrage traumatisant The Strange Thing About the Johnsons, puis ses deux films instantanément cultes, Hérédité puis Midsommar, difficile de ne pas voir en lui le nouveau roi de l’angoisse.
C’est peut-être pour ça que Beau Is Afraid, son long-métrage suivant, a été reçu aussi frileusement. La trip cauchemardesque psychanalytique de 3 heures en 4 parties, qui allait dans tous les sens, s’éloignait un peu trop de ce qui avait fait la renommée de son auteur. Spoiler : son nouveau film continue dans ce cette mouvance-là.
Présenté par celui-ci comme un western moderne « où les pistolets sont remplacés par des portables« , il raconte la descente aux enfers d’un shérif rétrograde (Joaquin Phoenix), qui refuse le masque, qui s’oppose au maire (Pedro Pascal), et dont la femme (Emma Stone) est en train de tomber dans les mains d’une secte gérée par un gourou (Austin Butler).
Vous trouvez que c’est déjà le bordel ? Ce n’est que le début.
Pourquoi c’est bien ?
Si Beau Is Afraid était un geste d’auto-analyse psychiatrique des troubles d’Aster, Eddington lui est une manière de regarder l’Amérique droit dans les yeux, avec tous ses travers, mais vraiment tous. Pendant une bonne heure, avant une bascule folle, le film est une satire sans limite, qui monte crescendo, crescendo, crescendo.
À la façon d’un épisode de South Park, Aster décrit avec une acidité corrosive qu’on lui connaît bien la mésentente d’un pays fracturé. Entre les anti-vax, complotistes, MAGA assumés, et une frange de la gauche qui se déclare pour la défense de l’opprimé uniquement pour se donner bonne conscience, l’entente n’est plus possible. Enfin presque.
Sans rien dévoiler de sa deuxième partie, disons qu’Eddington devient un tout autre objet. Un thriller violent, dont la mise en scène épouse tous les codes du genre, mais aussi le rythme, le montage, la musique, l’attitude des personnages. Un film de guerre, face à une vraie gauche violente (ou pas, mais ce sera sujet à débat), qui dit clairement que la seule chose sur laquelle les deux camps se rejoignent, c’est face à la gauche « radicale« . Toute ressemblance avec un pays hexagonal (ou partout dans le monde, en réalité), serait fortuite.
Tout ceci est évidemment l’occasion de tourner absolument tout le monde en ridicule, peut-être plus les gentils que les méchants d’ailleurs. C’est ce qui grattera le plus chez certains, et on le comprend volontiers. C’est ne pas réaliser que même s’il y a du cynisme chez Aster, il ne déteste pas l’intégralité des personnages. Quasi, mais un sort du lot : un policier, Michael.
Michael est noir, essaye de bien faire son travail, malgré le conflit interne face aux révoltes suite au meurtre de George Floyd. Michael veut la justice, subit la lâcheté de ses supérieurs, est victime d’être un objet de revendication d’un côté comme de l’autre. Et lui ne peut pas s’en sortir d’un simple geste, comme un militant blanc qui déciderait de changer de camp à la dernière minute, devenant au passage une star des réseaux sociaux.
Complexe, on vous l’a dit. Grand, sans nul doute.
On retient quoi ?
L’acteur qui tire son épingle du jeu : Ce serait trop facile de dire Joaquin Phoenix, alors clamons notre amour pour Micheal Ward, ce fameux Michael.
La principale qualité : D’une richesse folle, dans son humour comme dans la grandeur de ses séquences.
Le principal défaut : La satire bordélique l’est pendant trop de temps — et une scène finale qui explore le même aspect freudien que Beau Is Afraid, un peu rébarbatif donc.
Un film que vous aimerez si vous avez aimé : South Park, Beau Is Afraid d’un côté, et No Country for Old Men, Civil War de l’autre.
Ça aurait pu s’appeler : Joe Cross vs America
La quote pour résumer le film : « Avec sa satire jusqu’au boutiste et explosive, Ari Aster continue d’explorer les travers de l’Amérique, mais cette fois à la sulfateuse. »












